Poussé par une force irrésistible, Jasmin retourna près de l'arbre sous le tronc duquel Mme d'Étioles s'était reposée. Il s'assit. Un rien de parfum flottait encore. Le jardinier ferma les yeux: il revit la grande dame, avec ses œillades aux reflets de scabieuse et d'or, avec ses lèvres qui brillaient comme des cerises, son front hautain comme une étoile, ses doigts fuselés. Quand il releva les paupières, il aperçut, dans l'herbe, la place où Mme d'Étioles avait crispé sa main. Il se pencha et baisa le gazon ravagé. Puis il se releva brusquement, comme s'il se fût brûlé les lèvres, et murmura:

—Je deviens fou.

Au loin la chasse partait du côté de Quincy, les chiens lançaient leurs abois, au son métallique desquels se mêlaient les appels des cors. Le vent qui s'était levé effaçait sur la route blanche la trace des carrosses et le pas des chevaux. Buguet marcha dans le bois désert, regarda le soleil disparaître et le ciel doucement violet. Pour regagner son village, il s'engagea dans la plaine qui descendait vers la Seine. Et bientôt, parmi les mille flammes automnales des colchiques, il traversa les grands prés et les champs au clair de lune.

II

Quelques semaines plus tard Jasmin prenant son calendrier vit que l'automne commençait.

Le ciel était triste. Chaque coup de vent apportait des nuages. Ils formaient de grands camps farouches. La Seine agitée avait des teintes d'acier.

Jasmin examina les nues, tandis qu'autour de lui la rafale faisait choir les ciroles des grands poiriers.

La mère Buguet parut:

—Eh bien, fils, tu regardes le pied du temps? Il ne dit rien qui vaille.

Elle continua: