—Hier, reprit Martine, en passant devant le parc du marquis d'Orangis, j'ai vu que ses arbres étaient en aussi piteux état que les nôtres. Va lui offrir tes services, que son père ne dédaignait pas.

—J'irai, promit Jasmin.

Les jours passèrent. Il fallait se décider.

—Après les gels poussent les bourgeons, ce sera trop tard, dit Martine.

Par un clair matin de février Jasmin se présenta à la porte du parc.

Depuis que le vieux marquis avait disparu, son petit-fils habitait le château. Insolent et dur, il affectait de ne pas regarder les villageois. Il exigeait des corvées, donnait des coups de cravache et viola, dit-on, une des filles aux Règneauciel.

Ce fut dans le fond de son parc, où il tirait des pics-verts, que Jasmin, conduit par un domestique, aborda le jeune seigneur. Il lui fit ses offres pour façonner le jardin au goût du jour, tailler les arbres:

—Beaucoup de ceux-ci ont été plantés par mon père. Cet érable a plus de quatre-vingts ans. Mon grand-père l'élagua le premier. Son tronc n'a pas un chancre. On le dirait de marbre.

Buguet passa la main sur l'écorce fine et jaspée.

—Il meurt malheureusement par la cime, continua-t-il. C'est dommage. Il faudrait le rabattre.