Mme d'Étioles rit d'un rire perlé qui s'égrena dans le cœur de Jasmin.
Elle recommanda à Martine:
—Que le fleuriste soit bien traité!
Martine conduisit Buguet aux cuisines. Le chef, en débrochant des poulets de grain, veillait à ce qu'un plumeur d'oie ne gâtât la parure d'un paon qui gisait sur le tablier du rustre, les pattes raidies, l'aigrette penchée, affalé dans son royal manteau où brillaient mille yeux d'orgueil que n'avait pu ternir la mort.
—C'est dommage, dit Jasmin, de tuer si bel oiseau.
—Le dommage est qu'il sera dur, répondit le cuisinier; grâce au printemps précoce de cette année le paon s'est déjà accouplé. Ça rend la chair coriace.
L'heure du repas des valets sonna. Martine installa Jasmin près d'elle à table. Les laquais, les marmitons s'assirent. Parmi ces derniers se trouvait, vis-à-vis de Martine, un grand maigre, aux yeux vagues et gris, qui tenait les paupières baissées et fit un grand signe de croix. Il avait une figure rase et pâle de vicaire pauvre; derrière son bonnet blanc de cuisinier, ses cheveux noirs et lustrés poussaient en forme de queue de canard.
—Un amoureux, dit Martine en le désignant à Jasmin. Il est encoqueluché de moi.
Le bonhomme protesta doucement en joignant les mains comme pour la prière.
—Jarnigoi! Défroqué du diable, pas de grimace! s'écria le chef en riant.
—Défroqué? interrogea Jasmin.