Non, rien n'est si beau que Zémire.
Ainsi que mon amour, mon bonheur est parfait;
Dans tous les yeux j'ai le plaisir de lire
Que chacun applaudit au beau choix que j'ai fait.

Ce méchant quatrain commis par Louis XV fut couronné dans la cuisine d'un murmure flatteur. Le chef but à la chambrière de Zémire, à son amant et au marmiton qui soupirait. Agathon leva son verre d'une main tremblante.

Après le repas Martine fit signe à Jasmin de la suivre.

—Madame est à table avec le duc de Gontaut, l'abbé de Bernis, M. Jeliotte, son maître de chant, et M. Guibaudet, son maître de danse, dit-elle.

Elle conduisit Jasmin au cabinet de toilette de sa maîtresse. Des miroirs étaient pendus dans tous les coins. Sur la table se trouvaient un coffret-flaconnier en galuchat, un tampon à fard, un pilon à parfums, le soufflet à poudre, qui avait l'air d'une grande chenille rouge dans une boîte en carton, un couteau à gratter.

—Que d'objets! dit Jasmin.

Les vases, les porcelaines, les pots avaient des teintes d'œufs de rossignol et de canard. Des rubans jetés faisaient songer à des auricules. Près de la porte pendait une poupée vêtue en religieuse avec trois mouches sur sa joue trop fardée.

—C'est à Mlle Alexandrine, la fille de Mme d'Étioles, dit Martine.

A côté du cabinet s'ouvrait la garde-robes. Des vêtements étaient suspendus à des patères, s'alignaient dans une armoire, reposaient sur les porte-manteaux. Leur aspect était à la fois riche et printanier: couleurs fortunées de fraises, de pourpres orangés, de lilas ivoirins, de verts d'eau, avec des broderies, des lamés, des dentelles. Certaines robes s'étalaient comme des trophées, tous plis éployés. L'une d'elles fit tressauter Jasmin.

—C'est la robe que Mme d'Étioles portait dans la forêt de Sénart, s'écria-t-il étourdiment.