—Je suis chaste comme Suzanne.

—Et ce n'est pas le Saint-Esprit dressé par vos soins qui pourrait séduire Martine!

—Ah! mon pauvre pigeon! Il est bien malheureux et je redoute les oiseaux de proie de la forêt! En revanche je suis enchanté de me trouver dans ce château. Mme de Pompadour m'a autorisé à m'occuper de la chapelle. Je prépare l'encens et j'ai un fer à hosties avec lequel j'en fabrique d'aussi fines que des ailes de mouche. Je mets le vin dans les burettes, je lave les nappes d'autel et j'ai frotté les quatre anges de bronze. Mais je vais vous conduire auprès de Mlle Bécot.

Il mena Jasmin vers la gauche de l'escalier; ils passèrent par un corridor sans portes et arrivèrent dans une seconde cour qui dominait un grand étang: au milieu d'elle s'élevait une fontaine à dégueuleux qui portait sur son socle un guerrier en marbre, dont le bras tendu tenait une tête coupée. Deux hussards gardaient la fontaine, car son eau était réservée au Roi.

Buguet et Agathon prirent un second passage sous les bâtiments, et se trouvèrent dans le jardin des pins—qui arrêta brusquement le fleuriste par l'éclat des palmettes, des panaches et des enroulements de ses parterres.

—Par ici, dit Agathon.

Ils s'engagèrent sous une voûte ronde, ornée de fresques où gesticulaient des divinités nues, et que soutenait en clef une salamandre d'or couronnée.

—Attendez quelques instants, dit Piedfin.

Il disparut. Bientôt Martine arriva. Jasmin fut étonné de lui voir de la poudre comme sa maîtresse.

La soubrette sauta au cou de Buguet qui frissonna au contact de ses bras nus.