La première nuit fut déplorable, et bien que nous n'ayons été inquiétés d'aucune manière grave, il fut impossible de dormir. Des nuées de moustiques traversant draps et couvertures, dont je m'étais enveloppé malgré la chaleur, m'empêchèrent de fermer l'œil. Il fallut le lendemain renoncer au hamac et songer à ma moustiquaire. J'étendis par terre les deux ou trois paillassons qui servaient à envelopper mes instruments, et mon lit fut fait; la gaze, bordant le paillasson, fermait toute issue, et mes ennemis m'assiégèrent en vain.
Au jour, je vis arriver mes abatteurs de bois qui se mirent promptement en besogne. Le palais commençait à prendre tournure; j'espérais commencer mon travail le lendemain.
Ma seconde expédition fut dirigée au sud, à cinq cents mètres au moins du palais. Le guide me fit gravir, comme toujours, une pyramide que surmontait un temple, toujours le même, et dont les dimensions seules varient. Stephens, dans sa relation qui m'a paru si exacte dans certains cas, prodigue à ces petits oratoires des embellissements exagérés, ou qui ont disparu depuis, car je ne pus trouver la plupart d'entre eux.
Un autre édifice, tout auprès du grand palais, ne possède en fait d'ornementation que des dalles juxtaposées, couvertes de caractères. Heureux qui pourra trouver la clef de cette écriture, muette aujourd'hui, et qui nous dira quels furent ces peuples dont l'origine est le sujet des hypothèses les plus contraires! Les piliers de ce temple portent encore les empreintes des bas-reliefs en stuc qui les couvraient du haut en bas.
Au nord du grand palais et à une distance que je ne peux préciser, sur une pyramide moins élevée que les précédentes, existe un autre monument d'une étendue plus considérable et dont Stephens ne parle pas dans sa relation. Il est presque entièrement ruiné, et c'est seulement au moyen de moulages qu'il serait possible de recueillir les documents indispensables à la science pour qu'elle pût étudier avec fruit les débris de bas-reliefs et les inscriptions de cette race anéantie.
Voici la description du palais:
Orienté comme toutes les ruines que nous avons visitées, la façade est tournée à l'est. L'état de ruine de la pyramide oblongue sur laquelle se dressait l'édifice ne permet pas de lui assigner une hauteur exacte, je ne crois pas qu'elle dépasse quinze pieds, et la mauvaise photographie de notre album vient à l'appui de cette supposition. La base de la pyramide pouvait avoir cent mètres de face sur soixante-dix de côté. Un mur perpendiculaire, dans l'axe de la porte de communication des galeries intérieures et extérieures, séparait deux escaliers qui permettaient d'arriver jusqu'au monument.
Je ne sais à quoi peut tenir cette différence dans les plans des palais reproduits jusqu'alors; Stephens donne une pyramide à marches continues, Baradère et Saint-Priest figurent sur la même pyramide un simple escalier dans le milieu. Une partie de l'édifice s'est-elle écroulée depuis? C'est la seule supposition admissible pour expliquer cette divergence dans les dessins et représentations d'un même objet.
Je ne peux avoir inventé le mur perpendiculaire, et la photographie le reproduit.
Le palais se compose de quatre galeries parallèles bordées de bâtiments au sud et à l'ouest. Les galeries enferment deux cours, la première ayant vingt mètres de long sur dix-sept de large; la seconde, de moindre dimension, n'en a guère que quinze sur huit.