«Il est nécessaire aussi que nous sachions comment nous ferons les planchers. À Paris, aujourd’hui, on fait tous les planchers en fer à double T, et, pour des portées de 5 à 6 mètres, on prend du fer de 0m,12c à 0m,14c de section verticale. On hourde ces fers espacés de 0m,70c environ et réunis de mètre en mètre par des entretoises en fer carré de 0m,018, par des remplissages en plâtras[50] noyés dans du plâtre; cela est bon assurément, mais nous n’avons ici ni de ces fers que l’on se procure aisément dans les grands centres, ni ce plâtre de Paris dont on abuse peut-être dans la capitale, mais qui n’en est pas moins une excellente matière lorsqu’elle est bien employée, à l’intérieur surtout. Il nous faut faire des planchers en bois. Mais je vous ai dit déjà que les bois qui n’ont pas longtemps été lavés et qui n’ont guère que deux ans de coupe, se pourrissent très rapidement lorsqu’ils sont enfermés, principalement dans leurs portées, c’est-à-dire à leurs extrémités engagées dans les murs. Il faut, pour que nos planchers ne nous donnent pas d’inquiétudes sur leur durée, que nous laissions ces bois apparents et que nous ne les engagions pas dans les murs. Nous adopterons donc le système des lambourdes[51] appliquées aux murs, pour recevoir les portées des solives, et, comme nous possédons des bois de brin, nous nous contenterons de les laver à la scie sur deux faces et nous les poserons sur la diagonale ainsi que je vous l’indique ici (fig. 32). Pour des portées de cinq à six mètres qui sont les plus grandes que nous ayons, des bois carrés de 0m,18c seront suffisants. Si nous jugeons qu’ils ne le soient pas, nous poserons une poutre intermédiaire; ce sera à voir. Ces solives posées sur leur diagonale ont d’ailleurs leur maximum de résistance à la flexion. Nous les espacerons d’axe en axe de 0m,50c. Leurs portées reposeront dans les entailles pratiquées dans les lambourdes, ainsi que je le marque en A, et les entrevous[52], qui sont les intervalles entre les solives, seront faits en briques posées de plat, hourdées en mortier et enduites. On peut décorer ces plafonds de filets peints qui les rendent légers et agréables à la vue (voir en H et fig. 32 bis). Ces solives, ainsi posées, ne donnent pas des angles rentrants difficiles à tenir propres et entre lesquels les araignées tendent leurs toiles. Un coup de tête de loup nettoie parfaitement ces entrevous.

«Quant aux lambourdes B, appliquées contre le mur, comme vous l’indique la section C, elles seront maintenues en place par des corbelets D espacés de 1m,00 au plus et par des pattes à scellement I pour empêcher le dévers de ces bois. Cela nous tiendra lieu de ces corniches traînées en plâtre, qui ne sont bonnes à rien et que nous ne pourrions faire exécuter convenablement ici, où les bons ouvriers plâtriers font défaut. Quand il faudra supporter des cloisons supérieures, nous poserons une solive exceptionnelle dont je vous trace la section en E composée de deux pièces a et b, avec un fer feuillard entre deux, le tout serré par des boulons d de distance en distance. Ces sortes de solives sont d’une parfaite rigidité.

«Les solives posant sur des lambourdes, nous n’avons pas besoin de nous préoccuper des baies, mais il nous faudra des chevêtres[53] au droit des tuyaux de cheminée et sous les âtres, et, pour recevoir ces chevêtres, des solives d’enchevêtrure[54]. Vous comprenez bien qu’on ne saurait sans danger poser des pièces de bois sous des foyers de cheminée. Alors, on place des deux côtés des montants[55] de ces cheminées, à une distance de 0m,30c des âtres, des solives plus fortes qui reçoivent à 0m,80c ou 0m,90c du mur, pour franchir la largeur du foyer, une pièce qu’on appelle chevêtre, dans laquelle viennent s’assembler les solives.

Fig. 33.—Enchevêtrures de planchers.

Comme solives d’enchevêtrure, nous prendrons le type précédemment indiqué en E; nous renforcerons (fig. 33) cette solive à sa portée d’une doublure D portant sur un bon corbeau de pierre. Nous relierons les deux pièces E et D par un étrier[56] en fer F, puis nous assemblerons le chevêtre par un tenon H dans la mortaise G. Ce chevêtre recevra, comme les lambourdes, les portées des solives en I. L’espace G K sera le dessous de l’âtre de la cheminée supérieure; il aura 0m,80c de largeur et sera hourdée en brique avec entretoises de fer L. Ces solives d’enchevêtrure E devront être engagées dans le mur de 0m,10c environ pour les raidir et relier la structure, mais dans le voisinage des tuyaux de cheminée nous n’avons pas à craindre les effets de l’humidité sur le bois. En résumé, voici l’aspect de ces solives et chevêtres au-dessous des foyers de cheminée (fig. 34).»

Fig. 34.—Enchevêtrure posée persepective.

Tout cela, il ne faut pas le dissimuler, paraissait quelque peu étrange à Paul, habitué à l’immuable plafond uni et blanc, et qui ne s’était jamais douté que ces surfaces planes puissent masquer une pareille ossature.

CHAPITRE XII