—Si fait, mais ce n’est pas monumental. Il eût voulu un vrai portique couvert, à la façon des portiques italiens.

—Il semble aimer beaucoup l’architecture italienne?

—Laquelle?

—Mais celle dont il parlait.

—C’est qu’il y a bien des sortes d’architecture en Italie, suivant les époques, les latitudes et les usages des populations de la péninsule.

—Vous ne le lui avez pas fait observer.

—Il doit le savoir.

—Je vois bien que vous ne prenez pas au sérieux les opinions de M. Durosay.

—M. Durosay est un homme recommandable, ses opinions sont sincères et par conséquent je les prends au sérieux; seulement il apprécie les choses à un point de vue qui n’est point le mien. Il juge les questions d’art comme un homme du monde, avec son sentiment, et je crois que pour nous, architectes, il les faut juger avec le raisonnement. Le sentiment ne raisonne pas; c’est comme la foi; donc nous ne saurions nous entendre, puisque nous parlons chacun une langue différente.»

La lumière ne se faisait pas dans l’esprit de Paul. Jusqu’alors il avait pensé que l’architecture s’apprenait comme on apprend la grammaire et l’orthographe, et voilà que son cousin lui déclarait qu’il y avait plusieurs langages, et qu’en supposant que l’on sût l’un des deux, l’autre demeurait inintelligible. Il ne comprenait pas comment le raisonnement avait à intervenir dans une affaire toute de forme, d’apparence, et il ne savait même comment poser à son cousin des questions à ce sujet, qui pussent l’éclairer. Il s’en allait donc la tête baissée, abattant, avec son bâton, les chardons jaunis qui encombraient les bords du chemin. Le cousin, de son côté, ne paraissant pas désireux de rompre le silence, on arriva ainsi au chantier; il était presque désert.