«Que ferons-nous de Paul? lui dit-il.

—Vous avez dans votre bibliothèque une édition latine de Vitruve?

—Oui.

—Eh bien, confiez-la-moi; je vais, en une heure, avant mon départ, expliquer à Paul comment il devra travailler sur ce traité: cela l’empêchera d’oublier ce qu’il sait de latin, et il en tirera profit pour les études que nous avons commencées.

—Excellente idée.

—Vous exigerez de Paul que deux fois par semaine il vous remette la traduction d’un chapitre avec figures explicatives dessinées, cela lui entretiendra la main et occupera son esprit. Je ne pense pas que cette traduction puisse faire oublier même celle de Perrault: mais n’importe, il ne perdra pas tout à fait son temps. Dès que je pourrai revenir, vous me reverrez.»

Paul était désolé du départ du grand cousin et de ne pouvoir le suivre; il aurait bien voulu continuer ses études sur l’art de bâtir par un cours d’ingénieur militaire sur le terrain, mais c’eût été un embarras pour le grand cousin, et Mme de Gandelau en serait morte d’inquiétude. Paul fut nanti de l’édition de Vitruve, et le travail auquel il devait se consacrer lui fut expliqué.

Deux heures après, le grand cousin, muni d’une petite valise se mettait en marche avec son ami le général, dont le corps se dirigeait vers Châteauroux. De part et d’autre on s’était bien promis d’écrire.

On croira sans peine que la maison de M. de Gandelau prit l’aspect le plus triste après ce départ précipité. Le maître avait, dès le début de la guerre, équipé et fait partir tous les gens valides. Il n’y avait plus dans ce logis que deux ou trois vieux serviteurs et quelques femmes qui la plupart avait leurs maris ou leurs enfants à l’armée. M. et Mme de Gandelau n’allaient plus au salon, dans lequel des lits avaient été disposés pour des blessés, en cas qu’il en vînt. La famille se réunissait dans la chambre de Mme de Gandelau et on mangeait dans une petite pièce servant habituellement d’office.

Paul, le grand cousin parti, alla faire une visite au chantier. Il était désert; la neige couvrait les tas de moellons, les pierres de taille et les charpentes éparses. Les murs montés à une certaine hauteur, protégés par du chaume, surmontés d’une crête de neige, leurs parements brunis par l’opposition de la nappe blanche qui les entourait, quelques morceaux de bois noircis par l’humidité, donnaient à ces constructions ébauchées l’aspect des débris d’un incendie.