«Que tes camarades ne sachent pas comme toi ce qu’est la construction d’une maison, cela n’a rien de surprenant; mais tu avoueras que cette connaissance est mince, et peut-être sur d’autres matières ont-ils des idées plus justes et plus avancées que ne sont les tiennes. Il eût été ridicule de cacher à tes camarades la nature de tes occupations pendant ton séjour à la campagne, mais à quoi bon insister là-dessus?... Si l’un d’eux, plus désireux de s’instruire, te fait des questions, si tu vois qu’il prend un intérêt sérieux à ce que tu lui répondras, satisfais son désir; mais, vis-à-vis des indifférents, tiens-toi sur la réserve toujours, sinon tu prêtes à rire. Il est une expression vulgaire, mais qui est juste: on fait poser les gens qui tirent vanité de ce qu’ils savent, c’est-à-dire qu’on les fait discourir, non pour satisfaire une curiosité légitime, mais pour prendre occasion de se moquer d’eux... Retiens bien cela, car c’est vrai, au lycée comme partout.

«Si en effet l’esprit s’est développé chez toi plus que chez tes camarades, il est un moyen facile de rendre le fait apparent pour tous, c’est d’acquérir plus rapidement qu’eux l’instruction également répartie entre vous. Obtiens les premières places dans toutes tes classes, personne ne raillera, et chacun reconnaîtra qu’en effet cette année, stérile pour tant d’autres, a été fructueuse pour toi.»

Paul comprit, et, rentré au lycée, il laissa pour le moment ses souvenirs d’architecte; il montra bientôt, en effet, que son esprit s’était développé, et au premier de l’an il arriva chez son père avec des notes excellentes.

Toutefois ses camarades lui avaient définitivement appliqué le sobriquet de l’architecte.

«Eh bien, se disait-il en lui-même, lorsqu’on l’appelait ainsi, je leur prouverai qu’ils ne se trompent pas, et je deviendrai un architecte.»

CHAPITRE XXVIII

L’INAUGURATION DE LA MAISON

Les choses s’étaient passées ainsi qu’il avait été convenu; les peintures de la maison, commencées dans les premiers jours de février par le beau temps, étaient achevées en avril, ainsi que tous les travaux accessoires. M. de Gandelau, qui était retourné à ses champs à la fin de janvier, avait fait planter le petit parc autour de la maison, et avait commandé les meubles les plus indispensables à l’habitation, voulant laisser a sa fille le soin de choisir elle-même les objets qui devaient être l’expression de son goût.

Mme Marie avait annoncé son retour pour le mois d’avril, puis pour le mois de mai. Entre sa mère et elle, il n’avait pas été question, dans leur correspondance, de la maison, depuis la guerre. Mme Marie n’avait probablement pas pris au sérieux ce qui lui avait été écrit à ce propos; puis les événements désastreux des années 1870 et 1871 semblaient avoir entièrement fait oublier ces projets de part et d’autre.

Paul tenait beaucoup à une surprise et avait supplié Mme de Gandelau de ne rien dire de la maison à sa fille. Bien entendu, Mme de Gandelau s’était facilement rendue à ce désir.