Paul voulut tout voir et, au bout d’une heure, son cousin le laissa vaguer à son aise dans la maison, ayant donné rendez-vous à quelques ouvriers pour régler certains détails.

Le soleil était déjà bas quand on songea à retourner au château.

«Eh bien, petit cousin, êtes-vous satisfait de votre œuvre? a-t-on fait les choses, en votre absence, ainsi que vous l’entendiez?—Je voudrais bien, répondit Paul, que ce fût en réalité mon œuvre, et je regrette de n’avoir pu suivre le travail jusqu’au bout, car il me semble, en voyant la chose terminée, qu’il n’y avait presque rien de fait quand je suis parti.—Il en est, mon ami, des bâtisses comme de toutes les œuvres humaines... Vous savez le dicton: Finis coronat opus. Le tout est de finir. Ce n’est pas ce qui demande le plus de travail et de savoir, mais c’est ce qui exige peut-être le plus de persistance, de méthode et de soins, ainsi que je crois vous l’avoir déjà dit. Vous m’avez été réellement utile pendant la construction, je puis vous le dire sans flatterie, parce que vous avez mis à comprendre et à faire exécuter les instructions données par moi, du zèle et toute votre intelligence. Mais vous n’auriez pas eu à vous occuper sérieusement pendant l’achèvement de l’œuvre, puisque la plupart des objets posés en dernier lieu ont été faits à l’atelier et sont arrivés prêts; il ne faut donc pas avoir de regrets; vous auriez perdu votre temps ici, tandis que, paraît-il, vous l’avez bien employé au lycée.

—Je n’avais jamais vu de ces tentures de toiles peintes... cela fait très bien; on croirait voir des tapisseries.

—Oui, je ne sais trop pourquoi on a laissé perdre ce genre de tentures qui autrefois était fort usité, car vous pensez bien que tout le monde ne pouvait avoir des tapisseries de Flandre ou des Gobelins, non plus que des cuirs de Cordoue. Ces sortes de tentures coûtaient fort cher, tandis que les toiles peintes ne coûtent pas beaucoup plus que du papier de tenture et moins que des étoffes meublantes, la perse exceptée. Mais on ne peut guère tendre un salon, une salle à manger avec de la perse; cela n’est pas assez solide à l’œil; c’est bon pour une chambre à coucher. Il faut, dans les grandes pièces, des tentures qui aient un aspect velouté, chaud, solide.

—Et ces toiles peintes sont solides?

—D’aspect, oui, et aussi en réalité; la preuve est que vous pourrez en voir à Reims, qui datent du quinzième siècle et qui sont d’une parfaite conservation.

—Mais comment s’y prend-on pour faire ces tentures?

On choisit des toiles canevas, ou treillis ou croisées, à gros grains, faites exprès, assez semblables aux toiles avec lesquelles on fabrique les sacs. On tend ces toiles sur un plancher, avec des pointes; on les encolle, c’est-à-dire qu’on passe dessus une couche de colle de peau avec un peu de blanc d’Espagne. Puis quand cet encollage est sec, on procède à la détrempe comme pour la décoration de théâtre. On peut ainsi peindre tout ce que l’on veut, des semis, comme nous avons fait ici; cela ne coûte pas gros, puisqu’on se sert de pochoirs; ou des ornements, des paysages, des fleurs, des figures même. Le prix de la matière est peu de chose, et le plus ou moins de valeur de ces tentures dépend du travail de l’artiste. Quand cela est sec, on roule les toiles et on les envoie partout sans grands frais; puis, sur place, on les retend sur des châssis très minces, ce que nous appelons des porte-tapisseries. Il y a donc isolement entre le mur et la tenture, ce qui est nécessaire à la campagne où les papiers collés se gâtent toujours; d’autant que, si on ne chauffe pas les pièces en hiver et que l’on craigne l’humidité, on détend les toiles, on les roule et on les range en lieu sec, pour les replacer au printemps, comme on fait des tapisseries.

—J’ai cru, en ouvrant la porte du salon, que vous aviez fait mettre des tapisseries.