Paul dormit peu pendant cette nuit quoiqu’il fût parti de Paris de grand matin et qu’il eût usé et abusé de ses jambes tout le jour.

Le 19 mai 1872, à 9 heures 40 minutes, M. et Mme N... descendaient à la gare de X..., où M. de Gandelau les attendait avec une bonne calèche. Vingt minutes après on entrait dans la cour du château. Inutile de dire les embrassades, les joies entremêlées de larmes, prodiguées pendant les premières minutes de ce retour.

Mme de Gandelau avait fait arranger les chambres des époux avec tout le soin dont elle était capable, comme s’ils dussent faire un long séjour au château.

La mère ne manqua pas de trouver sa fille embellie; Mme Marie trouva Paul grandi, presque un homme, et Mlle Lucie presque une jeune fille.

Grâce à Mme de Gandelau, pendant le déjeuner, il ne fut question de la maison de Paul que comme d’un incident sans conséquence. On parla des voyages, de la guerre. Après vingt-deux mois d’absence, les sujets de conversation ne manquaient pas. Mais Paul était agité, distrait; sa sœur en fit la remarque. Paul rougit jusqu’au blanc des yeux.

«Je crois que Paul médite quelque chose, dit M. N...,»

M. et Mme de Gandelau se regardèrent en souriant.

«Qu’y a-t-il donc, dit Mme Marie... une conspiration?

—Peut-être, répondit Mme de Gandelau, mais laisse-nous le plaisir de la mener à bonne fin.

—Conspirez, maman, je vous aiderai de tout mon cœur.»