Après avoir témoigné au marquis de Pourrières, la reconnaissance que leur inspirait sa généreuse hospitalité, et l'avoir prié d'agréer les vœux qu'ils faisaient pour son prochain retour, les convives se séparèrent au moment où les premiers feux du jour commençaient à dorer l'horizon.
Silvia avait été forcée de se retirer avec la noble dame chez laquelle elle avait été reçue.
Salvador, en rentrant dans son appartement y trouva Roman, ainsi que cela avait été convenu; ce dernier était réellement fâché d'avoir perdu des sommes aussi considérables; il regrettait surtout d'avoir pu, par sa conduite, exciter quelques soupçons; il tendit la main à son ami qui la serra dans la sienne.
La paix étant faite, Salvador raconta à son complice ce qui lui était arrivé avec Silvia, et lui apprit que la marquise de Roselly et la cantatrice, dont leur compagnon d'évasion, Servigny, leur avait parlé au bagne de Toulon, étaient une seule et même femme, et que cette femme était devenue sa maîtresse. Roman engagea son ami à apporter la plus grande prudence dans ses relations avec cette syrène, et il ajouta, qu'il craignait que l'amour ne fît du tort à l'amitié; Salvador rassura son complice, et ils se séparèrent pour aller prendre quelques heures de repos.
Les démarches que Salvador fut obligé de faire pour se procurer la somme nécessaire à ses frais de voyage et d'installation à Paris, furent couronnées de succès, mais elles le retinrent à Pourrières quelques jours de plus qu'il ne l'avait pensé. Enfin, il se mit en route, accompagné de son ami, et après qu'il eût rejoint Silvia, qui, ainsi que cela avait été convenu, l'attendait à Valence, à l'hôtel de la Poste; une bonne berline attelée de quatre vigoureux chevaux, les conduisit rapidement à Paris.
IV.—Silvia
Le premier soin de Salvador, en arrivant à Paris, fut de chercher une maison en harmonie avec le rang, qu'il voulait occuper dans le monde; après en avoir visité plusieurs, il choisit le petit hôtel du faubourg Saint-Honoré, dans lequel nous avons introduit le lecteur en commençant cette histoire.
Le local trouvé, il ne s'agissait plus que de le faire garnir de tous les objets qui doivent constituer une existence aristocratique, ce qui fut promptement exécuté, grâce à l'or que Salvador répandait avec profusion.
Sa maison complétement montée, il s'occupa de celle de Silvia; il loua pour elle, aux Champs-Elysées, une charmante petite villa du style le plus coquet, qu'il fit meubler avec tout le luxe et tout le confort qui devaient nécessairement entourer une aussi jolie femme.
Après avoir fait choix de domestiques rompus au service de gens de bonne compagnie, renouvelé leurs équipages et mis dans leurs écuries d'excellents chevaux, Salvador et sa maîtresse vinrent prendre possession de leurs nouvelles habitations; Roman, qui voulait, disait-il à son ami, faire pendant quelques jours encore le grand seigneur, avait conservé le petit appartement qu'il occupait à l'hôtel des Princes, où il était descendu avec Salvador et Silvia, lors de son arrivée à Paris.