—Vous n'êtes pas galant, M. le marquis, dit Silvia; vous me dites hier que vous m'accompagnerez au bois aujourd'hui, et lorsque je viens vous rappeler votre promesse, vous me faites répondre que vous êtes absent; cela est mal.
—Daignez croire, madame...
—Oh! je vous excuse; mais c'est parce que je vous trouve avec M. Lebrun, que je suis charmée de rencontrer ici.
—Madame la marquise est infiniment trop bonne, répondit Roman en s'inclinant avec toute l'humilité d'un serviteur de bonne maison.
—Allons! c'est décidé, se dit Silvia; je ne saurai encore rien aujourd'hui. Eh bien! partons-nous, dit elle à Salvador.
—Je suis à vos ordres, madame, répondit Salvador en se levant.
Silvia avait remis son chapeau qu'elle avait ôté en entrant, et drapé sur ses épaules l'écharpe soyeuse et légère dont elle enveloppait habituellement sa taille fine et cambrée.
—A propos dit-elle, en s'adressant à Salvador, puisque monsieur votre intendant est ici, ayez donc l'extrême obligeance de le prier de m'apporter demain une dizaine de mille francs; j'ai promis de l'argent à mes marchandes de modes, lingères, couturières, etc., et je serais désolée d'être forcée de leur manquer de parole; je vous rembourserai cette bagatelle au premier jour.
L'expression d'un vif mécontentement se peignit sur les traits de Salvador à cette demande imprévue; il allait cependant répondre par un promesse, mais Roman, auquel il venait de faire connaître l'état précaire de ses finances, ne lui en laissa pas le temps.
—Je crois, madame, qu'il ne sera pas possible à M. le marquis de vous rendre le léger service que vous lui demandez. Lorsque vous êtes entrée, j'achevais de lui rendre mes comptes; et comme il a été forcé de payer récemment de très-fortes sommes, ma caisse en ce moment et à peu près vide.