—Ah! il ne faudrait, pour vous tirer d'embarras, que la valeur de ce que je viens de voir il n'y a qu'un instant.

—Eh! qu'avez-vous donc vu, madame la marquise? dit Roman plutôt pour ne pas laisser tomber la conversation que pour satisfaire sa curiosité.

—La plus belle collection de pierres précieuses qu'il soit possible d'imaginer; des diamants, des émeraudes, des saphirs, des rubis, des améthystes, des topazes; des opales magnifiques, des perles admirables.

—Enfin, tous les trésors de Golconde et de Visapour, dit Salvador. Et quel était l'heureux possesseur de toutes ces richesses?

—Un des compatriotes de M. de Roselly, répondit Silvia, que j'ai rencontré hier chez la duchesse de Beautreillis, et qui est venu ce matin me présenter ses hommages.

—Et ces pierres étaient bien belles? reprit Roman, que la conversation commençait à intéresser.

—Admirables. Je crois voir encore briller devant mes yeux le rouge éclatant des escarboucles, le rouge plus pâle des rubis, les reflets dorés des opales, le violet mystérieux des améthystes; le bleu des saphirs, et le vert des émeraudes, qui rappellent la couleur du ciel par une belle journée d'été, et le sombre feuillage des forêts.

—Le compatriote de monsieur le marquis de Roselly est au moins le plus riche marchand joaillier de la noble ville de Venise? dit Roman.

—Vous faites erreur, ce n'est point un marchand qui possède cette riche collection de pierres précieuses, mais un gentilhomme de bonne maison. Le nom des Colorédo est écrit depuis des siècles sur le livre d'or de la noblesse vénitienne.

—Et il veut sans doute vendre ces pierreries?