—Est-ce que vous avez une femme à me proposer monsieur Frédéric, répondit en souriant mon client qui, pour la première fois de sa vie, envisagea sans frémir la nécessité de se marier.
—Monsieur le comte veut rire, répondit le Frontin il sait bien de qui je veux parler.
Le général savait en effet quelle était la personne à laquelle son valet faisait allusion. L'un des officiers supérieurs de sa brigade était le père d'une jeune fille que tous les beaux de l'état-major accablaient d'hommages et de petits soins; étaient-ils séduits par les attraits de la demoiselle ou par les beaux yeux de la cassette du papa? je ne puis répondre à cette question d'une manière positive. Tout ce que je puis vous dire, c'est que la jeune fille était ravissante, et que la cassette du père était dit-on respectable. Quoi qu'il en soit cette jeune fille, semblable en cela à presque toutes les femmes, dédaignait tous ceux qui composaient la foule de ses adorateurs, et était toute disposée à accueillir avec beaucoup d'indulgence le seul homme qui paraissait vouloir contester la puissance de ses charmes.
Cet homme, je n'ai pas besoin de vous le dire, n'était autre que le général en question. Aussi, lorsqu'à son tour il se mit sur les rangs, tous ceux qui, jusqu'à ce moment avaient été soufferts comme en cas, furent successivement écartés, ce fut à lui désormais que le soin de porter le bouquet et l'éventail de la demoiselle, lorsqu'ils se trouvaient ensemble au bal, fut confié, et je dois en convenir, il s'acquittait avec beaucoup de grâce des fonctions de cavalier servant.
Le père de la jeune personne, la borne la plus mal taillée qu'il soit possible de rencontrer, ne voyait pas sans éprouver un certain plaisir son général faire une cour assidue à sa fille; la position élevée de mon client flattait son amour-propre, et bien qu'il sût quelque chose du mauvais état de ses affaires, son nom, ses épaulettes étoilées et son écharpe tricolore garnie de franges d'argent, excusaient, aux yeux de la borne en question, les peccadilles du passé.
Le mariage fut conclu.
Hélas! hélas! pourquoi les jours de la lune de miel sont-ils si peu nombreux? pourquoi sont-ils si courts?
Le général qui, durant les premiers mois de son mariage, avait paru enchanté, charmé de sa femme; qui vantait ses charmes, son esprit et ses grâces à tous ceux qui voulaient bien l'entendre, se refroidit insensiblement. D'abord, monsieur et madame qui, chaque soir se retiraient dans le même appartement, eurent chacun un logis séparé; puis madame fut forcée de faire ses visites et d'aller au bois sans être accompagnée de monsieur; puis enfin, monsieur, ennuyé à ce qu'il paraît d'entendre les reproches de madame, qui n'avait pas accepté sans se plaindre la position qui lui était faite, position que du reste elle ne méritait pas, car elle était jeune, jolie, spirituelle, et, ce qui est plus rare, elle aimait son mari; monsieur, dis-je, reprit tout à coup les habitudes échevelées de sa vie de garçon.
Ses dettes avaient été payées lors de son mariage, il en fit de nouvelles. J'ai eu fort souvent le plaisir de lui prêter de l'argent.
—En prenant vos sûretés, dit Silvia.