—Mais elle te reconnaîtra!

—Je le crois.

—Elle jasera.

—Qu'est-ce que cela me fait; crois-tu qu'il me sera difficile de justifier à ses yeux ma présence chez la mère Sans-Refus et mon déguisement; autrefois les grands seigneurs allaient aux Porcherons et chez Ramponneau; ils peuvent bien maintenant aller dans les mauvais lieux, c'est tout simple; mais comme il faut avant tout donner à la belle comtesse une bonne opinion de ma personne, je vais lui faire remettre ce carnet dans lequel j'ai trouvé ses cartes et ces deux billets de mille francs.

Le marquis, qui tout en conversant avec Roman, avait écrit quelques mots sur une feuille de papier ambré et timbré à ses armes, mit le carnet, les deux billets de banque et sa lettre sous enveloppe, puis il sonna; un domestique vêtu d'une élégante livrée se présenta.

—Rendez-vous, lui dit-il, chez madame la comtesse de Neuville, vous lui ferez remettre ceci; si l'on vous interroge, vous ne répondrez rien, vous ne direz même pas à qui vous appartenez.

Le domestique s'inclina et sortit.

Roman soupira lorsqu'il fut dehors; la restitution de ces deux billets de mille francs lui paraissait une chose monstrueuse.

Le marquis de Pourrières et Roman continuaient la conversation dont nous venons de donner le commencement, lorsque l'on annonça le vicomte de Lussan.

—Faites entrer, s'écria le marquis, Richard ne pouvait arriver plus à propos, ajouta-t-il en s'adressant à Roman.