Le vicomte de Lussan était un beau jeune homme, d'une taille de beaucoup au-dessus de la moyenne, mais que faisait excuser l'extrême aisance et la grâce parfaite de ses manières.
—Bonjour, marquis, dit-il en saluant de Pourrières avec une politesse tout à fait aristocratique: vous le voyez, je suis exact; je vous apporte votre part et celle de votre fidèle Achate, ajouta-t-il en souriant gracieusement à Roman.
—Y a-t-il gras[188]? répondit celui-ci.
—Vraiment, mon cher Roman, s'écria le vicomte de Lussan, vous êtes insupportable; ne pouvez-vous, lorsque nous sommes entre nous, employer le langage des honnêtes gens; je ne sais si vous êtes comme moi, Marquis, mais je ne puis entendre prononcer un mot d'argot sans me sentir les nerfs agacés.
—Allons, cher vicomte, ne faites pas la guerre à ce pauvre Roman et parlons d'affaires. Que nous apportez-vous?
—Deux mille francs pour vous et Roman.
—Ce n'est guère, dit celui-ci.
La moisson au bal de l'Opéra n'a pas été aussi bonne que nous l'espérions, Maladetta et Lion ne se sont pas trouvés à leur poste.
—Cela m'étonne, dit encore Roman, Maladetta et Lion sont ordinairement très-exacts.
—Leur absence nous a été très-préjudiciable; Robert et Cadet-Vincent ont été assez heureux; ils ont dévalisé complètement la boutique d'un petit orfévre de la rue Pastourelle; les deux enfants et Lasaline ont rapporté quelques manteaux; on a retiré du tout six mille francs, le tiers pour vous et Roman, mille francs pour moi, le reste a été partagé entre les autres.