L'expression de sa physionomie était triste mais calme.

—Maintenant, ajouta-t-elle, mon heure est venue, je ne veux pas chercher à vous le cacher; et croyez-le bien, ce n'est pas parce que je trouve ma personne un prix au-dessus du dévouement que vous m'avez témoigné que je ne veux pas vous tenir la promesse que je vous ai faite, c'est seulement parce que je ne puis vous donner un cœur qui aujourd'hui appartient à un autre.

—C'est bien, répondit Beppo, c'est bien, je sais maintenant ce qui me reste à faire.

—Retournez en Provence, Beppo, vous trouverez encore d'heureux jours sous le beau ciel de votre patrie. Si vraiment vous m'aimez, si vous m'aimez pour moi, vous devez désirer mon bonheur, et je ne puis être heureuse avec vous, l'image de celui que vous avez tué pour me plaire, viendrait sans cesse se placer entre vous et moi. Mais, croyez-le bien, je ne vous oublierai jamais; j'aurai toujours présent à la mémoire le souvenir de l'affection que vous m'avez vouée; et qui sait? peut-être il nous sera permis de nous réunir lorsque plusieurs années auront passé sur nos deux têtes.

Silvia, pour dire à Beppo tout ce qui précède, avait employé les plus caressantes inflexions de sa voix, et comme celui-ci l'avait écoutée avec beaucoup de calme, elle pouvait croire que ses paroles avaient produit sur lui l'effet qu'elle en espérait. Cependant elle aurait voulu qu'il lui dît quelques mots, de nature à lui prouver qu'elle ne s'était point trompée;

Voyant qu'il ne répondait pas, elle crut qu'elle devait frapper un dernier coup, coup décisif, et qui, suivant elle, devait lui apprendre ce qu'elle devait craindre ou espérer. Elle continua donc en ces termes:

—Mais si je ne puis, mon cher Beppo, vous récompenser quant à présent, ainsi que vous paraissez le désirer, vous me permettrez, je l'espère, de partager avec vous une partie de ce que je possède. Je suis riche, très-riche même, je puis donc, sans me gêner, vous prier d'accepter ce léger témoignage de l'amitié que j'ai pour vous.

Silvia en achevant ces mots, posa sur le petit guéridon auprès duquel Beppo était assis, un paquet de billets de banque assez volumineux.

Voici quel fut en substance le raisonnement que se fit de suite Beppo.

Si j'accepte la somme qu'elle vient de m'offrir, elle croira que j'accepte la position qu'elle veut me faire, et elle ne se méfiera plus de moi, si au contraire je refuse, elle devinera que je n'ai pas renoncé à mes projets, et elle se tiendra continuellement sur ses gardes.