Et comme le docteur répondait que pour faire convenablement les choses, il n'avait eu besoin, que de suivre à la lettre les instructions de sa cliente:

—Oh! c'est qu'il y a une foule de choses qui sont nécessaires à une femme et auxquelles un homme ne pense jamais; ainsi je parie que vous n'avez pas pensé à un berceau pour sa petite fille.

—Vous vous trompez, madame la comtesse, à l'heure qu'il est, la petite fille de votre amie dort bien paisiblement dans le plus joli berceau qui se puisse imaginer.

—C'est bien, bon docteur, c'est bien, ajouta Laure en tendant sa jolie petite main au docteur Mathéo qui la prit dans les siennes, et dont une larme qu'il ne put parvenir à cacher, vint mouiller les paupières.

—Pourquoi, lui dit Lucie, cherchez-vous à nous cacher cette larme qui est la preuve de la sensibilité de votre cœur, les hommes sont-ils ainsi faits, que lorsqu'ils éprouvent un bon sentiment, ils craignent que l'on ne s'en aperçoive.

Le docteur ne releva pas cette observation de la comtesse de Neuville; ainsi que cela lui arrivait souvent, il demeura quelques instants enseveli dans une profonde tristesse.

—Allons, Lucie, dit Laure, ne vas-tu pas maintenant faire la guerre à ce bon docteur qui s'est donné tant de peine pour nous obliger.

—Ah! qu'à Dieu ne plaise, s'écria la comtesse, mais je suis si heureuse de savoir que notre pauvre amie est maintenant tout à fait hors de danger, et qu'elle ne manque de rien, que je ne sais plus ce que je dis.

—Je voudrais être mariée, dit tout à coup Laure d'un ton délibéré.

—Eh pourquoi! grand Dieu, s'écria la comtesse, n'est-tu pas heureuse auprès de moi, que tu es si pressée de me quitter?