—Laure a raison, ajouta la comtesse de Neuville: vous nous négligez, M. le docteur.
—Je ne vous comprends pas, madame la comtesse.
—Je veux dire que, comme vous consacrez tout votre temps aux pauvres malades, il ne vous en reste pas pour ceux de vos clients qui ont le malheur d'être riches.
—J'en trouverai madame, daignez en être persuadée pour faire tout ce qui pourra vous être agréable.
Et le docteur Mathéo sortit après avoir promis aux deux dames qu'il allait de suite et activement s'occuper des missions dont elles l'avaient chargé.
Le lendemain il revint chez la comtesse, qui l'attendait avec la plus vive impatience.
—Eh bien? lui dit elle aussitôt qu'il eût été introduit dans le petit salon où elle se trouvait alors avec Eugénie?
—Votre amie, madame la comtesse, répondit le docteur Mathéo, est maintenant dans un logement petit, mais sain et commode, et j'ai laissé près d'elle, pour lui donner les soins qui lui sont encore nécessaires, une garde sur laquelle je crois pouvoir compter; car elle paraît aimer beaucoup mademoiselle de Mirbel qui, de son côté, lui est très-attachée, puisqu'elle n'a pas voulu s'en séparer: c'est cette même vieille femme, m'a-t-elle dit, qui a apporté ici la lettre qui vous a appris le sort malheureux de votre amie. J'ai dit à mademoiselle de Mirbel pourquoi vous n'alliez pas la voir, elle a paru très-affligée de l'accident qui vous était arrivé; mais lui ayant donné l'assurance que cet accident n'avait rien de grave, et que d'ici à très-peu de jours vous pourriez sortir sans inconvénient, elle s'est tranquillisée. Du reste, j'ai maintenant la conviction qu'il ne faut plus à mademoiselle de Mirbel, pour achever de se guérir, que du calme et des soins qui, grâce à vous madame la comtesse, ne lui manqueront pas.
—Ainsi, dit Laure, cette pauvre Eugénie n'est plus dans cette vilaine petite chambre si nue et si délabrée?
—Elle ne manque de rien, reprit Lucie; vous avez pourvu son logement de tout ce qui était nécessaire?