L'Américain ramasse toutes les pièces de cinq francs du pantre, et sort accompagné du Jardinier, soi-disant pour aller les faire estimer. Il va sans dire qu'il a laissé en garantie le petit sac qui contient ses rouleaux d'or.

Le pantre est tout à fait tranquille; il attend paisiblement dans la salle du marchand de vin, chez lequel il s'est laissé entraîner qu'il plaise à ses deux compagnons de revenir; il attend une demi-heure, puis une heure, puis deux, puis les soupçons commencent à lui venir, il ouvre enfin le sac dans lequel, au lieu de pièces d'or, il ne trouve que des rouleaux de monnaie de billon.

(G) Les cambriolleurs travaillent rarement seuls; lorsqu'ils préméditent un coup, ils s'introduisent trois ou quatre dans une maison, et montent successivement à tous les étages; l'un d'eux frappe aux portes, si personne ne répond c'est bon signe et l'on se dispose à opérer aussitôt, pour se mettre en garde contre toute surprise, pendant que l'un des associés fait sauter la gâche ou jouer le rossignol, un autre va se poster a l'étage supérieur et un troisième à l'étage au-dessous.

Lorsque l'affaire est donnée ou nourrie, un des voleurs se charge de filer (suivre) la personne qui doit être volée, dans la crainte qu'un oubli ne la force à revenir au logis, s'il en est ainsi, celui qui est chargé de cette mission, la devance et vient prévenir ses camarades, qui peuvent alors s'évader avant le retour du mezières (du bourgeois).

Si tandis que les cambriolleurs travaillent quelqu'un monte ou descend, et qu'il désire savoir ce que font dans l'escalier ces individus qu'il ne connaît pas, on lui demande un nom en l'air, une blanchisseuse, une sage-femme, une garde-malade. Dans ce cas, le voleur qui interroge ou qui est interrogé, balbutie plutôt qu'il ne parle, il ne regarde pas son interlocuteur et, empressé, de lui livrer passage il se range contre la muraille et tourne le dos à la rampe.

Si les voleurs savent que le portier est vigilant et s'ils présument que le vol consommé ils auront de gros paquets à sortir, l'un d'eux entre et en en tenant un sous le bras, ce paquet comme on le pense bien ne contient que du foin qui est remplacé lorsqu'il s'agit de sortir par les objets volés.

Quelques cambriolleurs se font accompagner dans leurs expéditions, par des femmes portant une hotte ou un panier de blanchisseuse, dans lesquels les objets volés peuvent être facilement déposés, la présence d'une femme sortant d'une maison et surtout d'une maison sans portier avec un semblable attirail, est donc une circonstance qu'il est important de remarquer, si surtout l'on croit voir cette femme pour la première fois.

Il y a aussi les cambriolleurs à la flan (voleurs de chambre au hasard) qui s'introduisent dans une maison sans avoir auparavant jeté leur dévolu; ces improvisateurs ne sont sûrs de rien, ils vont de porte en porte, où il y a, ils prennent: où il n'y a rien le voleur comme le roi perd ses droits. Le métier de cambriolleur à la flan, qui n'est exercé que par ceux qui débutent dans la carrière, est très-périlleux et très-peu lucratif.

Les meilleurs moyens à employer pour mettre les cambriolleurs dans l'impossibilité de nuire, est de tenir toujours la clé de son appartement dans un lieu sûr, ne la laissez jamais à votre porte, ne l'accrochez nulle part, ne la prêtez à personne même pour arrêter un saignement de nez; si vous sortez prenez votre clé sur vous; cachez vos objets les plus précieux, cela fait, laissez à vos meubles toutes vos autres clés, vous épargnerez aux voleurs la peine d'une effraction qui ne les arrêterait pas, et à vous le soin de faire réparer le dégât que sans cela ils ne manqueraient pas de faire.

Les plus dangereux cambriolleurs sont sans contredit les nourrisseurs; on les nomme ainsi parce qu'ils nourrissent des affaires. Nourrir une affaire c'est l'avoir toujours en perspective en attendant le moment le plus favorable pour l'exécution. Les nourrisseurs, qui n'agissent que lorsqu'ils ont la certitude de ne point faire coup fourré, sont ordinairement de vieux routiers qui connaissent plus d'un tour, ils savent se ménager des intelligences dans la place, au besoin même l'un d'eux y vient loger et attend pour commettre le vol qu'il eût acquis dans le quartier qu'il habite, une considération qui ne permette pas aux soupçons de s'arrêter sur lui, ce dernier n'exécute presque jamais, il se borne seulement à fournir aux exécutants tous les indices qui peuvent leur être nécessaire, souvent même il a la précaution de se mettre en évidence lors de l'exécution afin que sa présence puisse en temps opportun servir à établir un alibi incontestable.