—Laissez-moi passer ou je vous tue! leur cria-t-il.

A son accent provençal très-prononcé, Salvador et Roman venaient de reconnaître un compatriote; comme ils se trouvaient derrière lui, ils le saisirent par les deux épaules et le firent brusquement entrer dans la petite cour dont, sur un signe, le vicomte de Lussan avait ouvert la porte.

La foule venant des deux quais parallèles de la Cité et de l'hôtel de ville, allait se répandre dans la rue de la Tannerie; les bandits ne se souciant pas de s'y trouver mêlés, après ce qui venait de se passer, se hâtèrent de rentrer dans leur repaire.

Il était temps, la rue de la Tannerie venait d'être envahie par la foule, et du lieu où ils se trouvaient, les bandits et l'homme que Salvador et Roman venaient de sauver, pouvaient entendre ses clameurs.

Cet homme, lorsqu'il s'était senti saisi à l'improviste et introduit presque de force dans la petite cour, était resté pendant quelques minutes les yeux hagards, la poitrine haletante, privé pour ainsi dire de l'usage de ses facultés.

—Qui êtes-vous? que me voulez-vous? Au nom du ciel, laissez-moi sortir, s'écria-t-il lorsqu'il eut repris ses sens.

—Taisez-vous donc! braillard, lui dit Charles la belle Cravate en lui mettant la main sur bouche. N'entendez-vous pas qu'on vous cherche?

En effet, on entendait encore les clameurs confuses de la foule qui venait de passer devant la maison de la mère Sans-Refus pour aller sans doute sur la place de l'hôtel de ville.

Lorsque tout fut redevenu calme aux environs, les bandits entrèrent dans la salle qui faisait suite à la boutique, et l'un d'eux alla réveiller la tavernière qui, grâce aux nombreuses rasades qu'elle avait absorbées depuis qu'elle avait quitté le caveau, n'avait cessé de dormir du plus profond sommeil.

—Eh bien! mes enfants, tout s'est-il bien passé, dit-elle en apportant une chandelle et une bouteille d'eau-de-vie.