—Vous pouvez crier, sans doute, dit Beppo en souriant avec amertume; mais quand bien même vous auriez la voix de Stentor, vous ne seriez entendue de personne; prenez la peine de jeter un regard à travers les fenêtres, et vous serez assurée que l'isolement de cette maison est tel, que tous vos cris seraient inutiles. Allez, allez, j'ai bien pris toutes mes précautions. Du reste, de tous les partis le plus sage que vous puissiez prendre, c'est celui de vous résigner, car je suis résolu à vous garder envers et contre tous, et à ne vous quitter s'il le faut qu'après vous avoir plongé un poignard dans le cœur.

Les paroles qui précèdent avaient été échangées à voix basse; de sorte que la mère de Beppo qui, sur le signe que lui avait fait son fils s'était retirée dans l'embrasure d'une fenêtre, n'avait pu rien entendre.

—Ma mère, lui dit Beppo, approchez-vous et écoutez-moi.

La pauvre femme, qui avait remarqué que depuis quelques instants son fils causait très-paisiblement avec la femme si violente et si emportée quelques instants auparavant, crut d'abord qu'un rapprochement s'était opéré entre ces deux jeunes gens, et elle s'approcha toute joyeuse.

—Vous voyez bien cette dame, lui dit Beppo en lui montrant Silvia, ce n'est qu'à l'aide de la ruse et de la violence que je l'ai amenée ici, où je prétends la garder contre sa volonté.

—Vous avez fait cela, oh! mon fils, répondit la vieille Catalane, mais cette dame, m'avez-vous dit, vous aimait, et ce n'était que de son consentement et pour la soustraire à des influences étrangères que vous deviez l'amener dans notre demeure, où je n'avais consenti à la recevoir que parce que vous m'avez donné l'assurance que le mariage consacrerait l'amour que vous avez pour elle, je le vois maintenant, vous m'avez trompée.

—Oui, ma mère, je vous ai trompée, mais ce qui est fait est fait...

—Aussi, je ne veux pas vous faire des reproches inutiles, mais puisque cette dame ne vous aime pas, laissez-la partir et tâchez de l'oublier; elle voudra bien sans doute ne pas se souvenir de vos torts et de vos violences.

—Oh! oui, madame, s'écria Silvia en employant les plus douces inflexions de sa voix et donnant à son regard l'expression la plus veloutée, laissez-moi partir, et je vous promets que personne au monde ne saura ce qui m'est arrivé aujourd'hui.

—Je ne veux pas que madame sorte d'ici, s'écria Beppo, et comme je prévois que je serai quelquefois forcé de m'absenter, il faut ma mère que vous consentiez à me remplacer pendant mon absence, car, je vous le répète, il faut que madame reste ici.