Comme elle marchait en sens divers depuis plus de trois heures, elle était trempée par la pluie, et ses jambes commençaient à plier sous elle; cependant elle reprit courage. Tout en suivant la rue Saint-Jacques; elle se demandait de quelle manière elle pourrait sortir de la fâcheuse position dans laquelle elle se trouvait: devait-elle aller chez elle? il était probable qu'elle n'y trouverait personne; devait-elle aller chez Salvador? mais pendant sa longue absence quelques accidents imprévus pouvaient avoir dérangé l'existence du marquis: il fallait cependant qu'elle se déterminât à aller chez lui, au risque de ce qui pourrait arriver.
Elle était en proie à de sombres et tristes réflexions lorsqu'en arrivant au coin du quai aux Fleurs, elle se sentit saisir le bras par une main vigoureuse.
Elle se retourna vivement, et reconnut Beppo; le visage du pêcheur était aussi blanc qu'un linceul: elle jeta un cri.
—Suivez-moi, lui dit Beppo d'une voix saccadée, en lui posant sa main sur la bouche: suivez-moi.
—J'aime mieux mourir! répondit Silvia: une secousse vigoureuse la débarrassa de l'étreinte énergique du pêcheur, et elle essaya de prendre la fuite.
En trois bonds, Beppo se retrouva près d'elle:
—Epargnez-moi un second crime, lui dit-il.
Au lieu de lui répondre, Silvia poussa des cris perçants; plusieurs personnes qui avaient remarqué les gestes violents de ces deux individus, se rapprochèrent vivement, et Silvia implorait leur appui, lorsque Beppo, furieux de ce qu'elle allait infailliblement lui échapper, tira de sa poche un long couteau-poignard, et le lui plongea dans le sein.
Elle tomba sur le trottoir avant d'avoir pu prononcer une parole.
Beppo effrayé de l'action qu'il venait de commettre, restait sans mouvement devant le cadavre de sa victime.