—Voulez-vous, lui dit la fille, que je vous accompagne jusqu'à la prochaine station de voitures.

—C'est inutile, répondit le pêcheur, le grand air me fera du bien; je n'ai pas d'ailleurs beaucoup de chemin à faire.

—Partez donc, et que Dieu vous conduise.

Beppo sortit de la chambre et descendit l'escalier, dans lequel il ne rencontra personne. Georgette qui le précédait, lui ouvrit la porte de l'allée.

—Adieu, lui dit-elle.

Et elle remonta dans sa chambre.

Elle prit dans sa poche la petite fiole d'eau-de-vie à laquelle elle avait déjà donné de nombreuses accolades et acheva de la vider.

—Je suis bien aise, dit-elle, qu'il soit parti; je crois que je commençais à aimer cet homme-là.

Beppo avait trop présumé de ses forces. Après avoir suivi la rue de la Tannerie en s'appuyant le long des murs afin de ne pas tomber, il fut forcé lorsqu'il arriva sur la place de l'hôtel de ville, de s'asseoir sur une borne; ses jambes refusaient de le porter plus loin. Après s'être reposé quelques instants, il pria un ouvrier qui passait près de lui, de le soutenir jusque sur le quai où il pourrait prendre une voiture. Le brave ouvrier, qui n'aurait pas refusé à un pochard le léger service qui lui était demandé, ayant remarqué l'affreuse pâleur qui couvrait le visage de celui qui réclamait son aide, voulut faire plus qu'on ne lui demandait: il engagea Beppo à ne point bouger de sa place, et alla chercher à la station voisine un fiacre qu'il lui amena et dans lequel il le fit monter.

Laissons rouler Beppo vers la rue Contrescarpe-Saint-Marcel, et retournons chez la comtesse Lucie de Neuville, où nous allons retrouver le docteur Mathéo.