Laure s'empressa d'accepter la proposition, elle se faisait une fête de revoir celle qui pendant le peu de temps qu'elles avaient passé ensemble dans le pensionnat, où toutes les deux elles avaient été élevées, avait été une de ses plus chères amies. Lucie sonna et ordonna à Paolo de faire atteler.
Le docteur prit congé des dames afin de leur laisser le temps de procéder à leur toilette et sortit après avoir promis à la comtesse de Neuville de lui rendre visite le lendemain.
Moins d'une demi heure après s'être quittées, Lucie et Laure se retrouvèrent dans le salon habillées et prêtes à partir. La comtesse et son amie n'étaient pas, on le voit, de ces femmes qui passent à leur toilette la plus grande partie de leur temps, de ces femmes en un mot, qui s'habillent le matin, babillent toute la journée et se déshabillent le soir; et cependant, aimables lectrices, elles n'étaient ni moins belles, ni moins bien parées que la plus jolie et la plus pimpante d'entre vous; c'est que ce n'est ni le luxe, ni le temps qu'elle emploie à sa toilette qui ajoutent des attraits à ceux que possède déjà une jolie femme; en effet, eût-elle le port de la Diane chasseresse et les traits de la Vénus de Milo, elle ne sera après tout qu'une créature fort ordinaire si elle ne sait pas disposer avec goût ses ajustements, et si elle ne possède pas cette gracieuse coquetterie, apanage inné de nos aimables Parisiennes, coquetterie, qui se laisse deviner sans jamais se laisser apercevoir.
Mathéo avait loué pour Eugénie de Mirbel, dans une assez jolie maison bourgeoise de la rue Riboutté un petit appartement qu'il avait fait garnir de meubles très-simples, mais s'il n'avait pas cru devoir entourer la pauvre femme des mille recherches luxueuses de la vie élégante, il avait voulu, se conformant du reste aux intentions de la comtesse de Neuville, qu'il ne lui manquât rien de tout ce qui pouvait servir à lui faire oublier les cruelles épreuves qu'elle venait de supporter, aussi Eugénie de Mirbel, couchée, au sortir du galetas dans lequel nous l'avons vue, dans un bon lit garni de draps fins et blancs et de moelleuses couvertures, et placée dans un appartement égayé par un bon feu, avait éprouvé une sensation de bien-être inexprimable, et cette sensation avait plus contribué peut-être que les médicaments ordonnés par le docteur à lui faire recouvrer la vigueur et la santé.
Lorsque Lucie et Laure arrivèrent chez elle, elle était assise dans un bon fauteuil à la Voltaire qu'elle avait fait approcher du feu, et la bonne vieille femme dont elle n'avait pas voulu se séparer, la grondait de ce qu'elle avait absolument voulu se lever.
Ce n'était plus la femme qu'elle avait vue dans le galetas de la rue de la Tannerie que Lucie avait devant les yeux; Eugénie était toujours il est vrai extrêmement pâle, mais ses beaux cheveux noirs étaient arrangés avec soin, ses yeux avaient repris leur translucidité et les cercles noirs qui les entouraient précédemment commençaient à disparaître.
—Tu veux imiter Dieu, dit Eugénie de Mirbel à la comtesse de Neuville, tu fais le bien et on ne te voit pas.
Elle voulut se lever pour embrasser son amie, Lucie la força de rester assise, et après l'avoir embrassée plusieurs fois et l'avoir préparée à la visite qu'elle allait recevoir, elle fit avancer Laure qui, jusqu'à ce moment, était restée dans la pièce d'entrée.
Eugénie reconnut de suite Laure que cependant elle n'avait pas vue depuis sa sortie du pensionnat.
—Je suis bien heureuse, dit-elle, de retrouver à la fois mes deux plus chères amies.