»Le frère de mon amie se chargea de me prouver que je m'étais trompée.

—»Mais puisque vous désirez toutes deux assister à ce bal, rien ne vous empêche, ce me semble, de vous procurer ce plaisir, et je serais très-volontiers le cavalier de ma bonne sœur et celui de sa charmante amie.

—»Au fait? dit madame Delaunay, qui m'adressa un regard dont je compris parfaitement l'intention.

—»Ma tante ne voudra jamais me permettre de passer une nuit au bal, répondis-je.

»Et malgré tous les efforts que je fis pour le retenir, un profond soupir s'échappa de ma poitrine.

—»C'est vrai, dit mon amie, ta tante ne voudra pas te permettre d'aller à ce bal où nous nous serions tant amusées.

»Je répondis à mon amie que n'étant pas forcée de subordonner sa volonté à celle d'une autre personne, rien ne s'opposait, puisqu'elle en avait envie et que son frère voulait bien lui servir de cavalier, à ce qu'elle allât à ce bal.

—»Vous me raconterez, lui dis-je, tout ce que vous aurez vu, et ce sera absolument comme si j'y avais été.

»Madame Delaunay me répondit qu'elle m'aimait trop pour se déterminer à prendre sans moi un aussi vif plaisir, plaisir qui, du reste, n'en serait plus un pour elle si je ne le partageais pas.

»J'étais fort touchée de l'attachement et de la vive amitié que me témoignait mon amie; mais aux regrets que j'éprouvais en songeant que je ne pourrais voir les choses merveilleuses dont on venait de me faire de si ravissantes peintures, se joignirent ceux bien plus vifs, je vous l'atteste, que m'inspirait la résolution qu'elle avait prise de ne point aller sans moi au bal masqué.