—La situation grave, excessivement grave dans laquelle nous nous trouvons, fait un devoir à tous les honnêtes gens de servir par tous les moyens en leur pouvoir une administration qui comprend aussi bien que le fait celle à la tête de laquelle vous êtes placé, les besoins du pays; c'est seulement pour cela, monseigneur, que je me suis déterminé à vous offrir mon concours.
—Que vous ne refusiez pas à mon prédécesseur, et que probablement vous accorderez à mon successeur s'il veut y mettre le prix. Mais passons, je vous prie. Vous avez, m'avez-vous fait dire, quelque chose de très-important à me communiquer, et jusqu'à présent vous ne m'avez entretenu que de fariboles...
—Ces préambules étaient nécessaires, car je tiens essentiellement à ce que vous soyez bien convaincu que ce n'est point l'amour d'un vil métal qui détermine un homme comme moi à vous rendre quelques services.
—Nous savons, M. le comte, que vous êtes le plus parfait modèle de désintéressement; mais faites-moi connaître, je vous en prie, le sujet qui vous a amené près de moi.
—Eh bien, monseigneur, les jours du roi sont menacés.
—L'Excellence, qui jusqu'à ce moment n'avait prêté qu'une très-légère attention aux discours du comte de D***, à l'audition des dernières paroles qu'il venait de prononcer, se leva brusquement de son siége:
—Ceci est très-grave, M. le comte; mais êtes-vous bien sûr de ce que vous avancez?
—Très-sûr, monseigneur, et ce n'est pas sans peine, je vous en donne l'assurance, que je me vois forcé d'apprendre à votre Excellence que le chef du complot dont infailliblement notre monarque aurait été la victime si nous ne l'avions découvert, est un jeune officier de notre valeureuse armée d'Afrique, actuellement à Paris, en congé de convalescence.
—Et quel est le nom de cet officier?
—Edmond de Bourgerel.