—Madame est devenue tout à coup tellement pâle que j'ai craint un moment que la grande chaleur qu'il fait ici...

—En effet, je ne sais ce que j'éprouve, ajouta Lucie qui ne pouvait, malgré ses efforts, recouvrer son sang-froid, mais je ne serais pas fâchée de respirer quelques instants au grand air.

Le cavalier auquel elle parlait s'empressa de lui offrir son bras qui fut accepté et il la conduisit dans la chambre de madame de Villerbanne, où elle voulut rester seule quelques instants.

Laure qui, nous devons le dire, aimait infiniment la danse, n'avait pas remarqué la disparition de son amie; elle écoutait les compliments que lui débitait son cavalier, jeune diplomate allemand, dont les longs cheveux blonds et les regards mélancoliques la faisaient beaucoup rire.

Salvador et le vicomte de Lussan, pour causer plus à leur aise, venaient de se retirer dans l'embrasure d'une croisée.

—Vous voyez, cher marquis, disait le vicomte de Lussan, que je me suis fidèlement acquitté de la promesse que je vous ai faite.

—Je vous remercie, cher vicomte; mais je ne vois pas la dame de mes pensées, est-ce qu'elle ne serait pas encore arrivée?

—La jolie comtesse de Neuville vient d'entrer dans la chambre de madame de Villerbanne, elle ne va pas sans doute tarder à revenir. Savez-vous, marquis, qu'il faut que j'aie pour vous une bien vive amitié, pour vous sacrifier l'espérance de faire une aussi jolie conquête.

—Croyez bien que je n'oublierai pas... mais la jeune amie de la comtesse est, m'avez-vous dit, charmante, pourquoi ne tentez-vous pas?... savez-vous que ce serait charmant si...

—Je n'ai pas le bonheur de plaire à mademoiselle Laure de Beaumont; j'ai dansé plusieurs fois déjà avec elle, et je me suis de suite aperçu que je perdrais mon temps près d'elle.