—Cela est fort extraordinaire.

—N'est-ce pas? mais le monde est plein de choses extraordinaires, et n'en est-ce pas une que de nous voir, vous et moi, dans le salon le plus honnête de Paris?

—Pourquoi? ne possédons-nous pas tout ce qu'il faut pour être admis ici, de l'esprit, de la fortune, de la naissance.

—Oh! de la naissance, je suis, il est vrai, le dernier rejeton d'une ancienne maison bretonne, mais votre noblesse, marquis, est-elle bien authentique?

—Comment! que voulez-vous dire?

—Tenez, il faut que je vous ouvre mon âme tout entière, promettez-moi cependant de ne point vous fâcher.

—Au point où nous en sommes, nous pouvons je crois tout nous dire.

—Eh bien! j'ai dans l'idée que votre histoire ressemble beaucoup à celles du faux Martinguerre...

Eh! ne vous fâchez pas, marquis, ajouta le vicomte de Lussan, voyant que le feu montait au visage de son ami, je n'ai pas, je vous assure, l'intention de vous offenser, je voulais seulement vous faire remarquer que je me suis aperçu que de blond que vous étiez lorsque je vous vis pour la première fois, vous étiez devenu brun.

Un grand mouvement qui se fit dans le salon, empêcha Salvador de répondre au vicomte de Lussan. La contredanse venait d'être achevée et tout le monde se rapprochait du piano près duquel un vieux chevalier de Saint-Louis venait de conduire une jeune et jolie femme.