Les yeux et les joues de cette femme, douée d'une taille au-dessus de la moyenne, et d'une rare élégance, avaient tant d'éclat et de fraîcheur, son teint était d'une blancheur si diaphane et si rosée, son front si pur et si gracieux, les contours de son visage si moelleux et si suaves, qu'on ne pouvait guère la voir sans laisser échapper une exclamation admirative.

—Dieu! la jolie personne, s'écria Salvador.

—Ne la reconnaissez-vous pas, dit le vicomte de Lussan?

—Si fait, répondit Salvador, c'est une artiste du plus grand mérite; mais je ne l'avais encore vue qu'à la scène, et j'avoue qu'elle gagne infiniment à être vue de près.

Le plus profond silence régnait dans le salon, lorsque la cantatrice attaqua les premières mesures du grand air de la Reine de Chypre. L'étendue et la pureté de sa voix étaient vraiment remarquables; aussi lorsqu'elle eut achevé, elle fut couverte d'une triple salve d'applaudissements.

—Vraiment, dit Salvador, si la comtesse de Neuville ne régnait pas sur mon cœur en souveraine absolue, je crois que j'irais augmenter le nombre des admirateurs de cette charmante femme.

—Et la la, my dear, ne vous enflammez pas, je vous prie, la place est prise et bien gardée.

—Eh bien! j'en suis fâché, parole d'honneur!

—Allons, je vois que pour vous empêcher d'aller vous compromettre, il faut que je vous raconte en quelques mots l'histoire de cette admirable cantatrice.

—Je vous écoute, cher vicomte, je vous écoute.