La marquise malgré les instances de Lucie et de Laure dont ce qu'elle venait de dire avait éveillé la curiosité, ne voulut pas s'expliquer plus clairement; elle quitta les deux amies en les engageant à prendre patience.
—Quelle est donc cette surprise que ma tante nous ménage? dit Lucie lorsqu'elle fut seule avec Laure.
—Mais, ne le devines-tu pas? répondit celle-ci; madame de Villerbanne, malgré l'amitié qu'elle nous porte, s'ennuie d'être seule avec nous, et cela se conçoit: elle ne peut pas comme nous aller, venir, courir dans les champs, dans le parc, aller à la ferme; aussi, je parie qu'elle veut donner ici quelques fêtes brillantes, afin d'y faire venir sa société de Paris.
—Crois-tu cela? s'écria Lucie de l'air le plus alarmé qu'il soit possible d'imaginer.
Laure ne put s'empêcher de sourire.
—Eh! bon Dieu! dit-elle, tu as vraiment tort de t'alarmer; il est certain que ni M. le marquis de Pourrières, ni M. le vicomte de Lussan, ne seront invités; on ne reçoit, à la campagne, que ses amis intimes et ses voisins, et ces messieurs ne sont grâce à Dieu, que de simples connaissances de ta tante.
—C'est que je ne puis souffrir ce marquis de Pourrières, et si je savais devoir le rencontrer ici, je partirais de suite pour Paris.
Lucie, on le voit, n'avait pas confié à son amie le véritable état de son cœur; elle avait, au contraire, en affectant une aversion qu'elle était bien loin de ressentir et que Laure trouvait toute naturelle, cherché à détruire les soupçons auxquels la lettre de Mathéo et sa conduite, pendant et après la soirée chez madame de Villerbanne, avaient primitivement donné naissance.
—C'est comme moi, lui répondit Laure, je ne déteste personne au monde que ce marquis.
—Il paraît alors, dit Lucie en faisant un effort pour sourire (car ce n'était pas sans éprouver une bien vive peine qu'elle voyait sa plus chère amie manifester une telle aversion au sujet de l'homme qu'elle aimait), il paraît que M. le vicomte de Lussan a enfin conquis tes bonnes grâces?