—J'oubliais celui-là, s'écria Laure; je le déteste autant que son ami, et s'il devait venir ici, je serais la première à te prier de partir; mais il n'y a pas de danger.

Les deux amies avaient échangé les quelques phrases qui précèdent, en se promenant dans la partie la plus touffue du parc où elles s'étaient rendues après avoir quitté madame de Villerbanne. Comme pour rentrer au château elles passaient devant une petite porte qui s'ouvrait sur la route de Montereau à Sens, elles rencontrèrent Paolo, que la comtesse avait amené avec elle à Villerbanne, et qui rentrait en ce moment.

L'expression de la joie la plus vive brillait sur le visage du bon serviteur, qui se rangea respectueusement pour laisser passer les deux dames.

—Vous paraissez bien joyeux, Paolo, lui dit Lucie qui aimait beaucoup ce fidèle domestique qui avait, ainsi que nous l'avons dit, servi son père pendant plusieurs années avec autant de zèle qu'il la servait elle-même; est-il possible de savoir ce qui vous cause tant de satisfaction?

—Je suis bien reconnaissant de ce que madame la comtesse vent bien s'intéresser à moi, répondit Paolo, et son extrême bonté va me donner la hardiesse de solliciter une faveur.

—Ah! vous voulez me demander quelque chose, Paolo? eh bien! parlez, mon ami, et si je puis vous satisfaire, soyez persuadé que je ne vous refuserai pas.

—Madame la comtesse est vraiment trop bonne; mais je n'ose...

—Allons, ne craignez rien, Paolo; parlez, je vous écoute.

—Madame la comtesse me demandait tout à l'heure pourquoi je paraissais si joyeux? pour répondre à la question de madame, je lui dirai que, comme je me promenais aux environs du château, j'ai fait la rencontre d'un compatriote qui a servi dans le même régiment que moi que je n'avais pas vu depuis plusieurs années, et qui est maintenant au service du propriétaire d'un des châteaux voisins; il m'a fait la proposition d'entrer chez son maître, qui a justement besoin d'un domestique. Madame la comtesse a sans doute deviné que j'ai d'abord refusé cette proposition, on ne quitte jamais de son plein gré d'aussi bons maîtres que ceux que j'ai l'honneur de servir; mais il m'a fait observer qu'il ne me faisait cette proposition que parce que des affaires appelaient son maître en Savoie, où il devait séjourner environ une année, et que c'était, pour moi, une occasion unique de revoir le pays; de sorte, que je me suis dit que si madame la comtesse voulait bien m'accorder un congé d'une année...

—Vous seriez charmé de revoir vos montagnes et vos belles vallées?