Le lendemain, la personne que Laure attendait avec une certaine impatience, se présenta à l'hôtel de Neuville. Des ordres ayant été donnés en conséquence, elle fut introduite de suite près des deux dames qui attendaient sa visite dans le salon.

C'était un homme âgé d'un peu plus de trente ans, doué d'une taille avantageuse et d'une physionomie intéressante et agréable, bien qu'un peu sérieuse; sa mise, à la fois élégante et simple, annonçait un homme de bonne compagnie.

Après avoir salué les deux dames avec toutes les marques du plus profond respect, il remit une lettre à Laure.

—C'est de mon oncle, dit la jeune fille après avoir regardé la suscription, et elle s'empressa de la décacheter.

Le jeune homme, tandis qu'elle lisait, ne pouvait en détacher ses regards; c'est qu'en effet, la jolie personne qu'en ce moment il avait devant les yeux lui rappelait une gracieuse enfant dont, depuis quelque temps, il cherchait à rassembler, pour en former un tout, les traits épars dans sa mémoire.

—Ma pauvre amie, dit Laure après avoir achevé la lecture de la lettre qu'elle remit à Lucie, tes pressentiments ne t'avaient pas trompée; nous allons être bientôt forcées de nous séparer; mais ne te désole pas, ajouta-t-elle de suite, car elle avait remarqué que des larmes roulaient sous les paupières de son amie, je ne quitte pas Paris. Nous nous verrons souvent; tous les jours, même.

—Sir Lambton nous parle de vous en des termes si honorables, dit Lucie, qui à son tour avait achevé la lecture de la lettre apportée par Paul Féval (qui n'était autre, nos lecteurs l'ont déjà deviné, que Servigny), que nous ne saurions mieux lui témoigner l'affection que nous lui portons qu'en vous en accordant une part. Ainsi, nous vous prions, monsieur, de vouloir bien accepter, jusqu'à l'arrivée de sir Lambton à Paris, un logement à l'hôtel.

Paul Féval, nous conserverons jusqu'à nouvel ordre, à notre héros, ce nom qui était celui de sa mère, répondit comme il le devait à l'accueil empressé de la comtesse de Neuville, dont cependant il n'accepta pas la gracieuse proposition; il allégua pour justifier son refus les nombreuses absences qu'il allait être forcé de faire, sir Lambton l'ayant chargé à la fois de monter sa maison à Paris, où il avait l'intention de se fixer, et de faire pour lui l'acquisition d'une propriété située aux environs de la capitale.

—Mais, bien que je doive refuser, afin de ne point me rendre importun, l'offre gracieuse que vous avez la bonté de me faire, continua Paul Féval en s'adressant à la comtesse, je serai plus d'une fois, madame, forcé de mettre votre bonne volonté à l'épreuve; sir Lambton m'ayant expressément recommandé de ne rien faire qui ne soit du goût de sa chère nièce, j'ose espérer que vous voudrez bien quelquefois me servir de guide; car je ne dois pas vous le dissimuler, le séjour assez long que je viens de faire dans l'Inde m'a rendu quelque peu étranger aux habitudes de la fashion parisienne.

—Je ferai pour ma chère Laure, répondit la comtesse, tout ce qui pourra lui être agréable; mais vous aurez une triste compagne de vos excursions.