—En effet, madame, j'ai appris en arrivant en France la mort de monsieur le général comte de Neuville. La perte d'un aussi brave militaire est une véritable calamité; mais la pensée que tous ceux qui aiment leur pays s'associent à votre douleur, doit être pour vous une source puissante de consolations.

—J'ai accepté avec résignation les croix que le Seigneur a bien voulu m'envoyer; elles sont cependant bien lourdes à porter, car je perds à la fois un époux que j'aimais, la seule parente qui me restait, et ma plus chère amie.

—Mais, Lucie, tu n'y penses pas; on dirait vraiment que je vais aller habiter les antipodes. Tu n'as donc pas compris que mon oncle a l'intention de se fixer à Paris?

—Je crois, en effet, madame la comtesse, ajouta Paul Féval, que c'est à tort que vous vous alarmez. Sir Lambton, bien qu'il ne vous connaisse que de réputation, vous aime, madame, presque autant qu'il aime sa nièce; et lorsque vous connaîtrez ce digne gentilhomme, il ne vous sera pas possible de lui refuser votre amitié. C'est donc un ami que le ciel vous envoie pour vous aider à supporter la perte de ceux qui ne sont plus.

—Que la volonté de Dieu soit faite! j'accepterai, quels qu'ils soient, ses décrets avec reconnaissance.

Pendant tout le temps que les trois personnes rassemblées dans le salon de l'hôtel de Neuville, avaient mis à échanger les paroles que nous venons de rapporter, Paul Féval, chaque fois qu'il le pouvait sans inconvenance, avait attentivement examiné Laure qui, de son côté, pendant qu'il causait avec madame de Neuville, l'avait plusieurs fois regardé en dessous. Ce manège n'avait pas échappé à Lucie.

Presque toutes les femmes possèdent la merveilleuse faculté de se comprendre entre elles sans avoir besoin de se parler; un geste, un signe presque imperceptible qu'elles échangent rapidement, leur apprennent quelquefois ce que nous ne pourrions exprimer qu'à l'aide d'assez longs discours; ainsi, un simple clignement d'œil, auquel elle avait répondu par un léger mouvement d'épaules, avait appris à Lucie que son amie croyait reconnaître, dans le jeune homme qui était devant elles, celui dont elle lui avait parlé la veille, qu'elle désirait savoir si elle ne se trompait pas, mais qu'elle n'osait l'interroger.

Lucie ne savait rien refuser à Laure.

—Votre nom, monsieur, dit-elle à Paul Féval, ne nous est pas inconnu, et hier, lorsque nous l'avons vu sur la liste des personnes qui se sont inscrites chez moi, nous comptions recevoir aujourd'hui la visite d'une personne que mon amie connaissait déjà.

—Mon Dieu! madame, si c'est un hasard, il est bien singulier; car le nom de mademoiselle m'a rappelé celui d'une compagne de mes jeunes années, qui doit avoir maintenant l'âge et les traits gracieux de mademoiselle.