—Plus de doute! s'écria Laure après avoir entendu la réponse de Paul Féval; vous êtes de Lagny?
—Oui, mademoiselle.
—C'est bien cela; c'est dans cette ville que j'ai passé une bonne partie de mon enfance. La maison de votre mère était voisine de celle que j'habitais avec ma tante; c'est vous qui me promeniez dans le jardin de votre maison; et puis, vous me faisiez des cocotes et de beaux pantins qui remuaient les yeux et la langue d'une manière si comique, qu'ils me faisaient mourir de rire; j'étais toute petite alors, mais j'ai bonne mémoire, voyez-vous.
—Et vous avez tenu tout ce que vous promettiez à cette époque.
—C'est vrai, répondit Laure que le plaisir qu'elle éprouvait, en se rappelant les souvenirs de ses jeunes années, empêchait de s'apercevoir qu'elle se faisait un compliment à elle-même. Vous rappelez-vous combien j'étais folle et rieuse, combien j'étais contente lorsque vous me faisiez présent d'un nid de chardonnerets ou de linots, qu'au risque de vous rompre le cou, vous étiez allé chercher pour moi, au faîte d'un des vieux arbres qui bornent la Marne.
—Vous me rappelez, mademoiselle, l'époque la plus heureuse de ma vie. Pourquoi, hélas! a-t-elle été suivie de jours si malheureux?
—Puisque mon bon oncle vous a chargé d'acheter pour lui une propriété où sans doute nous irons souvent, il faut la choisir à Lagny on dans les environs; je serais vraiment heureuse de revoir les lieux où s'est passée mon enfance.
Paul Féval, qui avait écouté avec le plus vif plaisir les naïves réminiscences de la jeune fille, lui répondit qu'en faisant tout ce qui pouvait lui être agréable, il ne ferait que se conformer aux ordres qu'il avait reçus de sir Lambton, qu'elle pouvait être certaine que dès le lendemain il se mettrait en campagne afin d'explorer les environs de Lagny; et que s'il trouvait de ce côté une propriété convenable, il viendrait avant de conclure, l'inviter à la visiter; puis il ajouta que sir Lambton l'ayant aussi chargé d'acheter un hôtel à Paris, il serait bien aise de savoir quel quartier elle désirait habiter.
—Mais, je veux, si cela est possible, que de mes fenêtres on puisse voir celles de ma bonne Lucie, lui répondit Laure.
—Je voudrais, mademoiselle, avoir à ma disposition la lampe d'Aladin, vos souhaits seraient exaucés aussitôt que formés; mais je possède, à défaut de cette lampe merveilleuse, deux talismans à l'aide desquels on peut surmonter bien des obstacles.