—Je vous connais déjà, sir Lambton, répondit gracieusement Lucie; un de nos meilleurs écrivains à dit que le style était tout l'homme, et j'ai lu avec le plus vif plaisir toutes les lettres que vous avez écrites à mon amie; aussi, mon amitié vous est-elle acquise depuis longtemps déjà; mais ne vous contraignez pas; embrassez votre nièce, sir Lambton, réparez le temps perdu.
—Je profite de votre permission, madame la comtesse.
—Elle ressemble à ma pauvre sœur, dit-il après avoir longtemps tenu Laure embrassée, ce sont les mêmes traits, le même sourire; mais elle sera plus heureuse, je l'espère, ajouta-t-il en adressant à Paul Féval un regard qui pouvait se traduire ainsi: «c'est vous que je charge d'assurer son bonheur.»
Laure, qui avait suivi les regards de son oncle, rencontra ceux de Paul Féval et rougit prodigieusement. Avait-elle donc deviné ses pensées? c'est probable; il est de ces choses que les jeunes filles devinent sans qu'on ait besoin de les leur dire.
Les dames avaient conduit sir Lambton et Paul Féval dans le salon, et la conversation s'étant prolongée assez longtemps, il était tard lorsque nos personnages songèrent à se retirer.
—Je vais vous enlever ma nièce, dit sir Lambton à la comtesse de Neuville; je veux recevoir dès demain votre visite et il faut bien que j'aie quelqu'un pour vous faire les honneurs de mon hôtel.
Le désir de sir Lambton était si naturel, que la comtesse de Neuville, malgré la peine que lui faisait éprouver la nécessité de se séparer de son amie, n'essaya pas la plus légère objection. Laure, de son côté, n'osa pas mettre obstacle au premier désir d'un parent auquel elle devait tout.
—Nous ne nous séparons pas, dit-elle à Lucie avant de la quitter, car l'espace qu'il nous faudra maintenant franchir pour aller l'une vers l'autre est trop petit pour être compté pour quelque chose. Ainsi, à revoir, ma chère Lucie, à demain.
—Au revoir, à demain, répéta la comtesse, qui ne retenait pas sans peine les larmes qui roulaient sous ses paupières et qui se frayèrent un libre cours lorsqu'elle se trouva seule dans sa chambre à coucher; à demain.
Plusieurs heures se passèrent avant qu'elle songeât à se coucher. Seule! seule! se disait-elle chaque fois qu'un bruit éloigné venait l'arracher à l'espèce de torpeur dans laquelle elle paraissait plongée! seule! Ah! l'on a bien raison de dire que ce ne sont pas seulement les richesses qui constituent le bonheur. Tout à coup elle se leva précipitamment, elle ouvrit son secrétaire dans lequel elle prit tout ce qu'il fallait pour écrire.