Au moment de faire une démarche dont devait dépendre le sort de sa vie tout entière, elle hésita, mais seulement quelques minutes.
—Le sort en est jeté, dit-elle après quelques instants de réflexion, que ma destinée s'accomplisse. Je n'ai jamais fait de mal à personne, Dieu qui m'a mis cet amour dans le cœur, ne voudra pas sans doute que je sois malheureuse.
Lucie écrivit rapidement quelques mots qu'elle cacheta, puis elle se coucha, mais ce ne fut qu'à la pointe du jour qu'elle parvint à s'endormir.
La lettre qu'elle avait écrite, et qu'elle donna l'ordre à sa femme de chambre de faire de suite porter à son adresse, était destinée à Salvador et voici ce qu'elle contenait:
«M. le marquis.
»Venez de suite, j'ai besoin de vous parler, et si vous pouvez répondre d'une manière satisfaisante aux questions que je veux vous adresser, je ne vous défendrai plus d'espérer. Je vous attends à 10 heures.
»LUCIE DE NEUVILLE.»
—Enfin! se dit Salvador après avoir lu ces quelques mots; enfin ce n'est pas sans peine qu'elle s'est décidée, mais quelles sont ces questions qu'elle veut m'adresser et auxquelles il faut que je réponde d'une manière satisfaisante pour qu'il me soit permis d'espérer? Que le diable m'emporte si je le sais; mais qu'importe, on tâchera, belle comtesse, de vous satisfaire.
A l'heure indiquée, Salvador se faisait annoncer chez la comtesse de Neuville et il était introduit dans le salon on Lucie l'attendait.
—Je me suis empressé, lui dit-il, après l'avoir saluée avec toutes les marques du plus profond respect, de me rendre à vos ordres.