—En achevant ce petit discours, auquel je dois l'avouer, je ne m'attendais pas, il m'a quitté sans attendre ma réponse et sans seulement prendre la peine de me saluer.

—Ce Servigny me paraît un homme résolu et que nous ferons bien de ménager, si par hasard nous le rencontrons dans le monde, il ne t'a rien demandé que de raisonnable.

—Ainsi, tu crois que nous n'avons rien à craindre?

—Je le crois.

—C'est qu'il me parlait d'un ton si calme, il paraissait si sûr de lui, que j'ai cru un instant qu'il était de la boutique[579].

—Mon pauvre Roman, je vois avec plus de peine que tu ne peux te l'imaginer, que tes facultés baissent considérablement. Depuis quelques temps tu vois partout des agents de police, tu ne rêves que gendarmes, arrestations, condamnations et exécutions; et lorsque tu es en proie à ces hallucinations, ta physionomie, autrefois si joyeuse et si placide, pourrait seule indiquer, à l'observateur le moins exercé, que tu as sur la conscience plus d'un gros péché; il faut prendre garde à cela, mon ami.

—Mais tu rêves, je crois?

—Non, je ne rêve pas, malheureusement.

—Ainsi, tu crois que j'ai des remords, moi, Roman?

—Je ne dis pas cela, mais voici ce qui arrive: lorsque tu as perdu, et tu perds malheureusement plus souvent que tu ne gagnes, tu fais monter dans ton appartement une bouteille de rhum, que tu bois quelquefois tout entière afin de t'étourdir; ce n'est jamais impunément que l'on se livre à de semblables excès, et tu subis aujourd'hui les conséquences de ta conduite.