—Voilà monsieur l'abbé, s'écria-t-il.

Et il s'empressa d'aller ouvrir.

C'était en effet l'abbé Reuzet.

Ce digne prêtre était jeune encore, mais l'étude et les méditations avaient blanchi presque tous ses cheveux, l'austérité de sa physionomie, du reste remarquablement belle, indiquait un homme qui était sorti vainqueur des combats qu'il avait livrés à ses passions, mais non sans avoir reçu quelques blessures; cependant à la placidité de ses regards qui semblaient caresser tous ceux sur lesquels ils s'arrêtaient, on devinait que c'était un cœur d'or qui battait dans sa poitrine, et qu'il saurait, le cas échéant, trouver des paroles pour calmer toutes les souffrances, du courage pour en donner aux faibles, une marche assurée pour soutenir les pas chancelants de ceux qui auraient été prêts à succomber.

Il reconnut de suite Servigny, auquel il tendit une main que notre héros serra affectueusement dans les siennes.

—Je suis charmé de vous revoir, lui dit-il, vos lettres m'ont appris que Dieu avait bien voulu accueillir favorablement les prières que je n'ai cessé de lui adresser pour votre bonheur; recevez donc mes félicitations en même temps que mes remercîments pour les nombreuses aumônes que vous avez bien voulu m'adresser, elles ont servi, suivant votre intention, à soulager des infortunes imméritées.

—Merci, merci, répondit Servigny, mon premier soin en arrivant à Paris a été de me présenter chez vous, mais vous étiez absent.

—Dieu, pour éprouver son serviteur, lui avait envoyé une maladie cruelle; mais aujourd'hui je suis parfaitement guéri, je crois même que je vais, ce qui ne m'est pas arrivé depuis bien longtemps, faire honneur au modeste repas que le bon Silvain va nous servir à l'instant même, si vous voulez bien le partager.

Servigny, qui voulait causer longuement avec l'abbé Reuzet, s'empressa d'accepter la gracieuse invitation qu'il venait de lui faire.

Après le repas, qui, bien que simple, n'était pas cependant celui d'un père du désert ou d'un trappiste, car le digne abbé Reuzet croyait, et nous sommes tout disposés à penser qu'il n'avait pas tort, que si Dieu a couvert la terre d'aliments sains et agréables, c'est pour que ses serviteurs en fassent usage, et que la mise en pratique de la morale de son divin Fils lui est infiniment plus agréable que les jeûnes exagérés et les macérations, l'abbé et son hôte passèrent dans un petit salon aussi simplement meublé, mais aussi propre que la salle à manger, pour y prendre le café.