BRUXELLES,
ALPH. LEBÈGUE ET SACRÉ FILS,
IMPRIMEURS-ÉDITEURS.
1844
LES VRAIS
I.—Le départ.
Sir Lambton, possesseur de richesses considérables honorablement acquises, s'embarqua avec Servigny. Pendant la traversée qui fut on ne peut plus heureuse, il ne cessait de parler de sa nièce, qu'il n'avait vue que dans son enfance. Les lettres qu'il avait reçues de cette jeune fille avaient captivé toutes ses affections; il brûlait d'impatience de la revoir, sans cesse il relisait sa correspondance avec une nouvelle satisfaction, et il la faisait lire à Servigny qui la trouvait charmante. La naïveté du style, la pureté des sentiments qui y étaient exprimés, tout était empreint de ce cachet qui révèle les âmes d'élite. Enfin après soixante-seize jours d'une navigation qu'aucun accident n'était venu interrompre, ils débarquèrent heureusement au Havre.
Sir Lambton, qui avait des affaires importantes à régler en ce port et ensuite dans celui de Marseille, chargea Servigny de se rendre à Paris pour préparer tout ce qui était nécessaire à son installation. Il lui laissa carte blanche pour l'achat d'un hôtel dans un quartier élégant et tranquille, ainsi que d'une jolie maison de campagne dans les environs. Il devait, en arrivant à Paris, trouver prêt tout ce dont il avait besoin, et s'en rapportait entièrement au fidèle, à l'intelligent Servigny, qu'il regardait, avec raison, comme son meilleur ami.
Après avoir reçu les ordres et les diverses commissions de sir Lambton, et muni de lettres de crédit sur les premiers banquiers de la capitale pour des sommes considérables, le départ de Servigny fut fixé au lendemain; toutefois, avant de se rendre à Paris, il demanda à son protecteur la permission d'aller voir une vieille tante qui habitait Mantes; c'était la seule parente qui lui restât.
—«Faites comme vous voudrez, lui dit sir Lambton, pourvu que d'ici deux mois je trouve tout disposé pour me recevoir, je suis content.»