—Oui, ma fille, ajouta sir Lambton, tu le connaîtras ce secret, et tu gronderas fort ton mari de ce qu'il nous l'a caché si longtemps.

Après quelques paroles obligeantes adressées au curé de Guermantes, qui était venu rejoindre l'abbé Reuzet, sir Lambton, Laure et Servigny partirent, emportant les bénédictions des deux vénérables ecclésiastiques auxquels se joignirent les acclamations de tous ceux entre les mains desquels sir Lambton avait vidé sa bourse.

—C'est d'braves gens tout d'même, dit le gros Joufflu à la Pitroux; ils ont donné gros à nos pauvres.

—Beau mérite, répondit la vieille, que d'donner queuques écus lorsqu'on est riche comme des crésus; c'est une frime pour nous jeter de la poudre aux yeux, pour qu'on s'aperçoive pas de c'qui s'en sauvent comme ça aussitôt après leux mariage.

—Hé! dites donc la Pitroux, dit une commère en frappant sur l'épaule de la vieille aux yeux de chauve-souris, v'nez-vous à la maison commune? on dit comme ça que not'maire va faire le partage de c'qu'ont donné ces bourgeois qui veniont de se marier, et qui reviendra au moins vingt francs à chaque nécessiteux.

—V'là que j'y vas, mon enfant, dit la Pitroux, v'là que j'y vas.

Et la vieille sorcière sortit de l'église.

—Eh ben! Claude, qué tu dis d'ça, dit la Catois au paysan joufflu, crois-tu que c'est brave d'aller prendre l'argent des gens qu'on vient de déchirer?

—Eh ben! s'ils l'ont donné c'te argent, c'est que ça leur convenait; faudrait-t'y pas pour avoir le droit d'en prendre sa part, s'priver du plaisir de rire un tantinet aux dépens de tous ces riches.

O mœurs pures des champs! aimable candeur villageoise, que vous êtes donc séduisantes dans les idylles, les romans de M. de Florian, et les opéras-comiques.