Il avait à peine fait quelques pas lorsqu'il fut abordé par de Préval.
—Devinez qui je viens de rencontrer ici? lui dit son ami.
—Eh! le sais-je, répondit le vicomte.
—Eh bien! je viens de me trouver face à face avec la belle Céleste Comtois, Silvia, marquise de Roselly, comme vous voudrez l'appeler. Oh! je l'ai bien reconnue, malgré l'extrême pâleur qui couvre son visage et qui semble annoncer qu'elle vient de supporter une longue maladie, et les pauvres vêtements dont elle est couverte.
—Où est-elle? dit le vicomte, il faut que je lui parle, il le faut absolument.
—Ma foi, mon cher ami, je ne puis vous satisfaire, je me suis sauvé aussitôt que je l'ai vue. Je me suis imaginé qu'elle n'était ici que pour jouer un mauvais tour à quelqu'un comme ce quelqu'un pourrait être moi aussi bien qu'un autre, ma foi!... Je puis cependant vous assurer qu'elle est encore dans l'église.
Le vicomte de Lussan, outré de la poltronnerie de son ami de Préval, le quitta sans lui répondre, et se mit à explorer l'église en tous sens. L'église de Notre-Dame de Lorette n'est pas bien grande, et l'œil peut sans peine en embrasser toutes les parties; il n'eut donc pas beaucoup de peine à trouver celle qu'il cherchait.
—Comme je ne me souciais pas de m'exposer à rencontrer quelqu'un dans ce misérable équipage, lui dit Silvia, je suis restée dans ce coin où je savais bien que vous finiriez par me découvrir.
—Mais par quel fâcheux hasard, madame la marquise, vous trouvez-vous en un si pitoyable état, et qu'êtes-vous devenue depuis plus d'une année?
—Oh! c'est toute une histoire qu'il serait beaucoup trop long pour vous raconter ici; il vous a sans doute prié de vous occuper un peu de moi.