Le ton sec et tranchant de Silvia avait légèrement indisposé le vicomte de Lussan; cependant il lui obéit et resta près d'elle, bravant les regards des curieux qui ne pouvaient concevoir qu'un aussi élégant personnage se tint ainsi en public avec une femme si misérablement vêtue, il subissait sans s'en douter l'influence que cette singulière femme exerçait sur tous ceux qui la connaissaient, cependant il ne lui parlait pas.

—Vous ne me dites rien, M. le vicomte, dit Silvia après quelques instants d'un silence qui paraissait l'ennuyer infiniment.

—Je n'ai rien à vous dire, madame, répondit le vicomte, si ce n'est que maintenant l'église est presque déserte et que nous ferions bien de profiter de ce moment pour nous retirer.

—Partons donc, M. le vicomte, je suis prête à vous suivre.

Silvia passa son bras sous celui du vicomte qui rougit jusqu'aux yeux, mais qui n'osa la refuser. Puis il la fit monter dans son cabriolet, se plaça à côté d'elle et fouetta vigoureusement son cheval, impatient d'échapper aux regards des quelques curieux retardataires rassemblés à l'entrée de l'église.

Nous profiterons du temps que doivent passer à Florence Servigny, Laure et sir Lambton, et à Pourrières, Salvador et Lucie, à laquelle, à notre regret, il ne nous est plus permis de donner le nom de comtesse de Neuville, pour apprendre à nos lecteurs les événements qui avaient précédé les deux unions qu'ils viennent de voir se conclure.

Servigny après avoir quitté l'abbé Reuzet, rentra à l'hôtel de sir Lambton beaucoup plus calme qu'il ne l'était lorsqu'il en était sorti, la résolution qu'il venait de prendre avait mis fin à la cruelle perplexité à laquelle il était en proie, et comme, ainsi qu'il a été facile de s'en apercevoir par le récit des événements qui précèdent, il était doué d'une force de caractère remarquable, il en attendait le résultat avec calme, bien déterminé du reste à l'accepter quel qu'il fût.

Le lendemain matin après le déjeuner, sir Lambton, ainsi qu'il s'y attendait, le pria de le suivre dans son cabinet, et lorsqu'ils y furent seuls, il lui demanda une réponse à la proposition qu'il lui avait faite la veille.

—Vous avez dû penser, mon généreux protecteur, lui répondit Servigny, après s'être recueilli quelques instants, que si je n'avais pas accepté de suite, et avec le plus vif empressement, une proposition aussi honorable que celle que vous avez bien voulu me faire, mon hésitation était provoquée par de bien puissants motifs; car je n'ai pas cherché à vous dissimuler que j'aimais votre nièce de toutes les puissances de mon âme, et je crois vous avoir donné assez de preuves de l'attachement que je vous ai voué, pour que vous ne puissiez douter du prix infini que je dois mettre à votre alliance.

—Mais ces motifs, mon cher Féval, vous devez, si vous avez en moi quelque confiance, me les faire connaître.