Et sans attendre une réponse, elle sortit du salon pour aller retrouver sir Lambton, qui, ainsi qu'il le lui avait promis, l'attendait dans son cabinet.

Elle se jeta dans les bras de son oncle, et ses larmes, qu'elle avait contenues à grand'peine tant qu'avait duré le récit qu'elle venait d'entendre, se frayèrent un passage et coulèrent avec abondance.

—Calme-toi, lui dit sir Lambton, calme-toi chère enfant, je ne veux pas, sois en convaincue, te contraindre à épouser mon protégé.

L'abbé Reuzet, afin de laisser à la jeune fille son libre arbitre, ne lui avait pas dit que la démarche qu'il faisait près d'elle était autorisée par sir Lambton.

Laure laissa tomber sur son oncle des regards étonnés, et un sourire semblable à ces rayons de soleil qui brillent quelquefois au milieu de l'orage, vint éclairer sa physionomie.

—Mais mon oncle, répondit-elle, je ne pleurais que parce que je croyais qu'après ce que je venais d'apprendre, mon mariage avec monsieur Paul Féval était devenu impossible.

—Dieu soit loué, il n'en est rien, s'écria sir Lambton qui embrassa sa nièce avec effusion, Servigny, malgré les malheurs de sa vie, est digne de moi, digne de toi; tu l'épouseras puisque tu ne crains pas d'associer ta vie à la sienne, et si Dieu est juste, nous serons tous heureux, car nous aurons tous fait notre devoir. Essuie tes yeux maintenant, et allons retrouver au salon le bon abbé Reuzet que tu as, je crois, quitté bien brusquement.

Tandis que Laure était dans le cabinet de son oncle, Servigny, absent depuis le matin, était entré dans le salon; en y trouvant son ami, il avait de suite deviné qu'en ce moment on s'occupait de sa destinée. L'air soucieux du bon abbé, quelque peu étonné de la brusque disparition de Laure, ne lui présageait rien de bon.

—Eh bien? dit-il à son ami.

—Ils savent tout, répondit l'abbé Reuzet, sir Lambton a accueilli, aussi bien qu'il était possible de l'espérer, la confidence que je lui ai faite...