—Je n'ai rien à craindre de ce côté, se dit Silvia après avoir quitté la bavarde épicière qui venait de lui donner ces renseignements qu'elle avait, du reste, accompagnés de commentaires assez peu bienveillants pour la marquise de Roselly, qu'elle détestait, par la raison toute simple que ce n'était pas chez elle que se fournissait cette dame; je n'ai absolument rien à craindre. Allons maintenant chez le marquis de Pourrières.
La demeure de Salvador n'était pas éloignée de l'hôtel naguère habité par Silvia; aussi, malgré sa faiblesse, il ne lui fallait que peu de temps pour s'y rendre, il était alors environ onze heure du matin.
La porte cochère de l'hôtel était ouverte à deux battants et la cour était remplie de brillants équipages. Silvia, tenant son mouchoir devant sa figure, dans la crainte d'être reconnue par quelques-uns des gens du marquis, s'approcha de la cour; elle remarqua alors devant le péristyle une voiture toute neuve, attelée de deux superbes chevaux blancs. Les armes qui ornaient les panneaux de cette voiture lui apprirent qu'elle appartenait au marquis de Pourrières, le cocher, le chasseur et les laquais avaient revêtu des livrées toutes neuves; ils avaient des gants blancs et d'énormes bouquets à leurs boutonnières.
—C'est singulier, se dit Silvia; est-ce que par hasard il se marie?
Elle demeura quelques instants ensevelie dans de profondes et tristes réflexions, qui toutes se terminaient ainsi: Comment faire et quels moyens employer pour empêcher ce mariage?
Elle fut arrachée à ses réflexions, par des cris de gare! vingt fois répétés, et elle fut obligée de se ranger précipitamment contre la muraille, pour éviter d'être renversée par la voiture du marquis de Pourrières qui passa rapide devant elle, suivie de toutes celles qui, deux minutes auparavant, emplissaient la cour de l'hôtel.
Silvia, après avoir essuyé son front sur lequel roulaient de grosses gouttes de sueur, s'approcha du suisse de l'hôtel, nouveau serviteur qu'elle ne connaissait pas, occupé en ce moment à fermer la porte cochère.
—Votre maître va donc se marier? lui dit-elle de sa plus douce voix, car elle craignait que cet important personnage fier de sa livrée toute neuve et resplendissante d'or, ne voulut pas condescendre à causer quelques instants avec une femme jolie, à la vérité, mais plus que pauvrement vêtue.
Le nouveau suisse du marquis de Pourrières, soit parce qu'il était un peu moins brutal que ses confrères, soit parce qu'il se laissa attendrir par l'éclat des beaux yeux de la femme qui venait de lui adresser la parole, voulut bien lui répondre:
—Oh! le mariage est déjà fait, dit-il d'une voix presque douce. M. le maire, pour faire honneur aux nouveaux époux, a bien voulu se déranger pour eux...