Une nuage passa devant les yeux de Silvia.

—A quoi bon se désoler, se dit-elle après un instant de silence, c'est un fait accompli; mais je me vengerai.

—Dites donc, dit avec un accent provençal très-prononcé, le suisse, qui avait remarqué le trouble subit de Silvia; on dirait vraiment que vous êtes fâchée de ce que vous venez d'apprendre?

—Moi! répondit Silvia qui avait recouvré tout son sang-froid, je suis au contraire charmée de ce que M. le marquis de Pourrières, qui à ce que l'on dit est un très-charitable gentilhomme, épouse aujourd'hui une aussi aimable et aussi jolie femme que... Tiens j'ai oublié le nom de son épouse.

—Madame la comtesse de Neuville, la veuve du fameux général; rien que ça, dit le suisse en se frottant les mains d'un air de profonde satisfaction.

—Et savez-vous où doit se faire la cérémonie religieuse?

—A Notre-Dame de Lorette. Oh! ce sera superbe; et si je n'étais pas forcé de garder l'hôtel où il n'y a personne, j'irais voir cela.

—Eh bien! je vais aller à Notre-Dame de Lorette, et si vous voulez me promettre de donner à M. Lebrun aussitôt qu'il sera rentré, une lettre que j'écrirai après la cérémonie, je viendrai vous raconter tout ce qui se sera passé à l'église.

—Je vous verrais revenir avec infiniment de plaisir ma jolie dame; mais je ne pourrais, malgré l'envie que j'ai de vous être agréable, vous rendre le petit service que vous me demandez. M. Lebrun est parti depuis plus de huit jours pour la terre de M. le marquis, où les nouveaux mariés doivent aller passer la belle saison; ils partiront aussitôt après la cérémonie, sans même rentrer à l'hôtel; une mode anglaise.

Silvia ayant obtenu du suisse tout ce qu'elle désirait en obtenir, le quitta après lui avoir promis de revenir. Le brave homme rentra dans son logement en se frottant les mains, croyant que l'éclat de sa livrée neuve avait séduit la jolie femme avec laquelle il venait de s'entretenir.