»Vous me dites que Jazetta est morte avec la crainte que les torts que je pouvais lui reprocher ne m'eussent déterminé à abandonner notre enfant; cela m'étonne, monsieur, et il faut, puisque après tout cela est, que les malheurs qu'elle a éprouvés avant de mourir, aient donné à son esprit une bien fâcheuse opinion des hommes en général, pour que, me connaissant comme elle me connaissait, elle m'ait pu croire un seul instant capable d'une aussi mauvaise action.

»Si Dieu l'avait permis, monsieur, je n'aurais jamais cessé d'être pour le malheureux Fortuné le père le plus tendre et le plus dévoué, malheureusement il n'en a pas été ainsi.»

(Salvador racontait ici tout ce que nos lecteurs connaissent déjà des aventures du jeune Fortuné, et il terminait ce récit en faisant observer que quand bien même il aurait voulu abandonner cet enfant, cela ne lui aurait pas été possible, attendu qu'il lui avait donné son nom que tôt ou tard, il l'espérait, un décret de la Providence viendrait lui rendre.)

«Je vous aurais permis de grand cœur d'aller embrasser mon fils (continue-t-il, après ce passage de sa lettre), cependant, puisque vous avez l'intention de passer par Genève avant de rentrer en France, je vous prierai de voir dans cette ville toutes les personnes qui pourraient vous donner quelques renseignements de nature à nous mettre sur les traces de mon infortuné fils; je suis d'avance convaincu que toutes les démarches que vous pourrez faire seront inutiles, car j'ai déjà fait, je crois, tout ce qu'il était possible de faire en semblable occurrence, mais Dieu est si bon et le hasard est si grand.

»J'espère, M. Féval que vous voudrez bien, lors de votre retour en France, honorer de votre présence le vieux manoir de Pourrières, nous tâcherions, ma femme et moi, de vous en rendre le séjour agréable, nous avons ici une société agréable, de beaux sites, de belles ruines, et si vous aimez la chasse, je puis vous promettre une ample moisson de gibier.

»Veuillez, je vous prie, me rappeler au souvenir de madame Féval, et prier sir Lambton de vouloir bien vous accompagner à Pourrières.

»Daignez agréer, monsieur, l'assurance des sentiments affectueux avec lesquels, je suis,

»Votre très-humble et très-obéissant

»serviteur,

»A. DE POURRIÈRES.»