—»Vous n'aurez pas besoin d'écrire à Lucie, lui dis-je après lui avoir laissé le temps de lire ta lettre, dites-moi ce que vous vouliez lui apprendre, et je lui répéterai.

—»La marquise de Pourrières ne doit pas savoir ce que j'aurais pu apprendre à la comtesse de Neuville; dites seulement à votre amie, que dans la profonde retraite où je vais m'ensevelir, je ne cesserai de prier Dieu pour elle.

»Et le docteur se retira après m'avoir fait ses adieux et sans vouloir me permettre d'éveiller mon oncle; de sorte que je ne sais ni ce qu'il voulait t'apprendre, ni où il serait possible de le retrouver.

»Je suis assez disposée à croire que le cerveau de notre bon docteur est tant soit peu dérangé.

»Je ne t'ai rapporté ce petit événement, ma chère Lucie, qu'afin de t'enlever une espérance que, j'en sais sûre, tu n'avais pas abandonnée; et si tu es raisonnable, tu trouveras que je viens de te rendre un important service. Tu es heureuse; as-tu besoin de savoir autre chose? Le bonheur est une chose si rare, ici-bas, que je crois que nous devons l'accepter avec empressement tel qu'il se présente, et que ce serait folie de nous enquérir des causes qui nous le procurent et de celles qui peuvent nous le faire perdre.

»J'aurai bientôt, ma chère Lucie, le plaisir de te presser sur mon cœur. Genève est la dernière ville où nous devions nous arrêter avant de rentrer en France, et il est probable que dans une quinzaine de jours nous serons à Paris, où tu viendras nous voir, je l'espère.

»A revoir et tout à toi,

»Ton amie, LAURE FÉVAL.»

Le lendemain du jour où Lucie reçut cette lettre, Salvador reçut de Paris celle qui suit:

Juste, banquier, à Paris, à monsieur le marquis de Pourrières;